Le Rozo, la monnaie locale qui décolle

Depuis 2016, de curieux billets circulent à Saint-Nazaire : la monnaie locale Le Rozo est en passe de gagner son pari avec un nombre croissant d'adhérents.

De Saint-Nazaire à Guérande en passant par la Brière, ils sont aujourd’hui près de 90 professionnels qui adhèrent à la monnaie locale Le Rozo. Qu’ils soient boulangers, libraires, magasins d’alimentation, restaurateurs, cinémas ou encore acupuncteurs, tous ont en commun les mêmes valeurs adoptées à travers la signature d’une charte en rejoignant l’association : défendre une consommation responsable et la productions locale en adoptant une monnaie utilisée par un nombre grandissant de professionnels attachés à la défense des circuits courts, redonner une valeur à l’argent en passant d’une consommation individuelle à une consommation collective, soutenir des projets éthiques et locaux. Aujourd’hui, environ 300 particuliers ont glissé les fameux billets de rozos dans leur porte-monnaie, tous illustrés par des artistes locaux, et les utilisent au quotidien chez les commerçants adhérents.

Un nombre croissant d’adhérents

Pas de distributeurs automatiques pour se procurer les fameux billets, mais un réseau très organisé de comptoirs de change disséminés sur la Presqu’île pour toujours avoir des rozos à portée de portefeuille : 4 à Saint-Nazaire (la librairie l’Embarcadère, le spécialiste de la bière La Cavayou, le magasin La Corbeille et le café Au Pré Vert), un à La Baule et un à Guérande. Comment se passent les achats en rozos au quotidien ? « C’est très facile à utiliser, 1 rozo = 1 euro » nous explique Sarah-Trichet Allaire, libraire à l’Embarcadère. Et le réseau s’agrandit progressivement grâce notamment à la demande des clients adhérents qui aimeraient régler en rozos dans certains commerces et les incitent à adopter la monnaie locale, ou aux adhérents professionnels qui se créent progressivement un réseau de fournisseurs avec des transactions en rozos, un excellent moyen pour diminuer ses frais bancaires ! « Depuis 2017, on peut aussi échanger des rozos contre des retz’ls, une autre monnaie locale utilisée Sud Loire et qui prône les mêmes valeurs », ajoute Youenn Legrand de La Cavayou. La multitude d’artisans et de producteurs locaux de la région est un formidable atout pour le vivier de points de ventes attachés à la même défense des circuits courts et des produits locaux.

Réapprendre la valeur de l’argent

Depuis la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire (ESS), Les monnaies locales sont officiellement reconnues comme moyen de paiement complémentaire, et servent à financer des projets respectueux de l’environnement, ou encore du commerce équitable. Une trentaine de monnaies telles que Le Rozo existe en France, elles sont de plus en plus largement adoptées au quotidien : l’Eusko au Pays Basque reste la plus emblématique avec plus de 750 000 euskos en circulation en 2017. La ville de Bayonne a même récemment gagné un procès face à l’état qui tentait de lui interdire le versement d’indemnités ou de subventions en monnaie locale. « L’utilisation du Rozo nous réapprend que l’argent est avant tout un moyen d’échange » explique Pascal Locuratolo, un des trésoriers de l’association. « Nous avons aujourd’hui 17 000 rozos en circulation avec un double impact : favoriser la consommation locale mais aussi financer une action responsable. En effet, les rozos récoltés sont placés dans une banque éthique, la Nef, qui finance à son tour des projets ayant une utilité écologique et/ou culturelle. Dépenser 1 rozo est un véritable acte sociétal ».

Publié par Soizick David le 26/03/2018 à 14:51.