Municipales 2020 : entretien avec Lionel Debraye de La France Insoumise

Propulsé au second tour des Législatives 2017, Lionel Debraye se livre sur ses projets militants et politiques pour 2020.

Municipales 2020 : entretien avec Lionel Debraye de La France Insoumise

Un an s’est écoulé depuis les Législatives de 2017, quand le candidat de la France Insoumise Lionel Debraye accédait au second tour des élections face à la candidate En marche Audrey Dufeu-Schubert. Un an à militer, participer aux manifs, fédérer les forces de gauche en recomposition dans la ville, et progresser vers de nouvelles propositions pour Saint-Nazaire à l’horizon des municipales de 2020.

Retour sur la Campagne de 2017

Le 17 juin 2017, les résultats du 1er tour des Législatives tombaient et mettaient fin au rêve de la socialiste Laurianne Deniaud de devenir députée. Pas une surprise pour Lionel Debraye qui se souvient encore de ce dernier vendredi de campagne où croisant la candidate il lui avait lancé comme saisi d’une prémonition : « je vais te battre. » La campagne du 1er tour résonnera longtemps dans l’esprit du militant de longue date comme une belle aventure : « on n’avait pas de permanence, on a commencé très tard et pourtant on a gagné. Tout s’est fait sur le terrain, on partait la journée entière à la rencontre des habitants avec notre fourgon et nos affiches. Au lendemain du 1er tour, c’est reparti direct : fourgon, affiches collées, les marchés du mardi et du dimanche… » Alors comment expliquer la victoire d’En Marche avec 56,70 % contre 43,30% ? « Les électeurs ont cru, de bonne foi, que Macron était de gauche. Pour le second tour nous avons eu le soutien du PCF, du NPA, un soutien en demi-teinte d’EELV et rien du côté de Laurianne Deniaud (à part Violaine Lucas) mais une importante partie d’électeurs du PS. Ça aurait été jouable si on avait eu le retour des abstentionnistes, on a compris que c’était rapé en voyant les taux d’abstention dans les bureaux de vote. » On ne décèle pourtant aucun regret chez Lionel Debraye qui a aussitôt repris ses actions militantes à Saint-Nazaire. « La déception aurait finalement été plus grande s’il y avait eu peu de voix d’écart, mais là, 4 000 voix d’écart, nous n’avons ressenti aucune amertume. » ajoute-t-il.

Militant de gauche

Lionel Debraye nous a donné rendez-vous sur une terrasse du Petit-Maroc, face au port de Saint-Nazaire, lieu symbolique des luttes ouvrières chères à la gauche. À 64 ans, toujours militant, il revient serein sur ses parcours professionnels et politiques. Tour à tour salarié dès 16 ans, chômeur, chef d’entreprise d’une imprimerie nazairienne, licencié à 40 ans « parce qu’ on lui a dit qu’on préférait quelqu’un de plus jeune », il a parcouru la France de la Savoie à la Normandie en passant par Lyon et Marseille, pour revenir s’établir à Saint-Nazaire en 2003 et y finir sa carrière. Une richesse qui le fait plaisanter aujourd’hui encore : « j’aime tellement peu les patrons que j’ai voulu en devenir un pour ne pas en avoir sur le dos ». La politique a débarqué très tôt dans sa vie, presque au berceau. Aux côtés de son père responsable CGT à Saint-Nazaire, Lionel Debraye se forge très vite de fortes convictions de gauche qu’il n’a jamais reniées depuis, et son adhésion à France Insoumise découle logiquement de longues années de militantisme. Il adhère au PS de 1977 à 1983, un temps responsable de la propagande à Saint-Nazaire, puis s’en détourne au moment du tournant de la rigueur. En 1997, il rejoint à nouveau le PS à Aix-en-Provence le temps d’une année, et participe à la création du Codelib en 2009 (Comité de défense des libertés fondamentales contre les dérives sécuritaires), qui regroupe des associations, syndicats, organisations politiques, et des individus qui unissent leurs forces pour lutter contre les politiques sécuritaires et répressives. « Je suis de gauche, tout simplement, pas d’extrême gauche mais une vraie gauche, ni centriste ni libérale. » précise-t-il. Il adhère au Parti de Gauche de Jean Luc Mélenchon en 2008.

Fédérer et rassembler

Depuis sa demi-victoire aux Législatives, Lionel Debraye ne chôme pas, il est de toutes les manifs, comme en janvier dernier devant la Mairie où les Nazairiens le reconnaissent un an après et viennent à sa rencontre. Il ne sera pas candidat aux Européennes mais préfère se concentrer localement en vue des Municipales. « Je pense à 2020 depuis 2014 » reconnait-il. Fédérateur, il s’ouvre volontiers à d’autres courants politiques, associatifs, militants syndicaux et il voit volontiers dans le rassemblement de la Marée Populaire en mai dernier la parfaite illustration d’une possible union des différentes forces de gauche. « J’ai toujours eu une position centrale, à rassembler, mais on n’a pas de problèmes d’ego, c’est notre force. » Profondément droit dans ses convictions, il prône avant tout l’honnêteté politique, qu’elle soit de droite ou de gauche et se souvient avec respect d’Étienne Garnier, dont il a longtemps été l’imprimeur, un vrai personnage, élu député RPR en 1993 dans la 8ème circonscription. « J’ai souvent plus facilement des contacts avec des vrais gens de droite qu’avec des faux gens de gauche. » ajoute-t-il.

Des premières propositions

Nazairien de coeur et dans l’âme, Lionel Debraye esquisse déjà des propositions pour les municipales de 2020. « Le pouvoir absolu, ça ne correspond plus à l’époque actuelle. Nous proposerons de nouvelles méthodes de « gouvernance » pour favoriser le pluralisme par une diversité de professions, d’ages, de sexe et de classes sociales. Le Maire ne serait pas toujours en représentation permanente et pourrait travailler davantage sur les dossiers. Il y a aussi un problème de verrouillage du mouvement associatif à Saint-Nazaire qu’il faut changer, il devient de plus en plus compliqué de demander un rendez-vous avec un adjoint, sans compter l’ambiance délétère qui règne à la Mairie avec un personnel peu considéré. » En tant que membre du Codelib, il tient à bien distinguer la police municipale de la police nationale, « je crois à la police de proximité, aux éducateurs de rue, aux médiateurs. » insiste-t-il. Les idées de Lionel Debraye fusent dans la conversation et couvrent de larges thématiques locales : augmentation du nombre de logements sociaux sans pour autant vouloir à tout prix faire de Saint-Nazaire une ville de 100 000 habitants, maîtriser le bétonnage de l’actuelle municipalité, maîtrise du foncier, rejet d’une politique culturelle actuelle de la ville trop élitiste avec une programmation au Théâtre décalée, remise en valeur de La Soucoupe pour accueillir des concerts, mise en avant d’un tourisme industriel plutôt qu’un tourisme de ”luxe“, arrêter les “délires du genre hôtel de luxe” dans l’ancienne usine hydraulique, affranchissement de Saint-Nazaire vis à vis de Nantes, ou encore formation d’une filière alimentaire bio de soutien aux nombreux producteurs locaux qui favoriserait les circuits courts, avec notamment la création d’un abattoir municipal. Autant de propositions concrètes, explique-t-il, pour réorienter Saint-Nazaire au service des Nazairien(ne)s.

« Je suis anti-Macron »

Lionel Debraye assume ouvertement adhérer à la France Insoumise et réaffirme son rejet de la politique nationale actuelle : « je suis anti-Macron, il a une feuille de route de yankee. C’est un personnage très inquiétant. Trop de gens se sentent résignés et pessimistes. Les jeunes qui viennent nous rencontrer s’inquiètent de leurs études avec Parcours Sup, craignent de ne pas trouver de travail. On ne sait pas aujourd’hui ou demain où sera l’étincelle, mais ça couve. Je soutiens le mouvement des cheminots et celui des travailleurs d’Enedis (EDF) ». En attendant 2020, Lionel Debraye considère La France Insoumise comme le principal mouvement d’opposition et semble prêt à se lancer dans une âpre campagne qu’il pense « être partie pour commencer très tôt et être très longue. » Encore une prémonition ? Le maire socialiste David Samzun annonçait hier officiellement être candidat à sa succession.

Publié par Soizick David le 21/06/2018 à 18:06.