Dry January : le vin désalcoolisé vu par deux cavistes de Saint-Nazaire
Axel, co-gérant du Tastevin, et Patrick, caviste au Centre E. Leclerc de l’Immaculée, partagent leurs impressions sur le vin désalcoolisé.
Dry January change la carte des apéros ! On lève le verre, mais on baisse le degré en même temps ! Et comme dans la vigne, où une tendance met parfois quelques saisons à s’enraciner, les boissons désalcoolisées gagnent doucement du terrain, avec une qualité en nette progression. L’offre qui s'élargit avec la demande rappelle au passage que le “sans alcool” n’est pas né hier. Dans les années 80, on se souvient encore de quelques pubs mythiques pour le Pacific (le “pastis sans alcool”) ou encore les bières Tourtel… Nous sommes allés demander leur avis à Axel du Tastevin, en face du marché à Saint-Nazaire, et Patrick, de la cave du Centre E. Leclerc de l'Immaculée.
L’exigence d’une cave
Dans la cave indépendante du centre-ville, Axel constate que même s'ils choisissent l'option sans alcool, les clients ont avant tout envie de continuer à partager, et à garder le lien social. La demande est bien là, et pour le commerçant, ce n’est pas si paradoxal de chercher du désalcoolisé chez un caviste. « On vient ici pour la sélection et la qualité, donc il est logique que la démarche soit la même pour un vin désalcoolisé » indique-t-il. Son offre s’est élargie d'années en années pour répondre à la demande de vins blancs, rouges, rosés, mais aussi de spiritueux, notamment du gin sans alcool et des alternatives type Spritz ou Tequila. Axel et son équipe ont goûté. Premières impressions, le blanc et le rosé restent « assez fruités », mais la bouche a encore ses progrès à faire. La texture, dit Axel, reste l’élément à améliorer, même si « c’est infiniment mieux qu’il y a dix ans ». Côté producteurs, Le Tastevin a choisi le domaine familial de la Colombette, installé à Béziers depuis 1890, soit quatre générations. Une preuve que les vignerons eux-mêmes commencent à travailler ces produits. Mais qui se tourne vers ces alernatives sans alcool ? « Les demandes viennent surtout de clients de 20 à 50 ans » constate-t-il, les plus âgés n’ayant pas encore pris le pli. Sur les ventes, Axel a observé un vrai déclic en 2023. Les volumes vendus ont explosé, avec un nombre de bouteilles qui a doublé en janvier. Il précise cependant un point parfois mal compris. “Désalcoolisé” ne veut pas toujours dire “zéro”, il peut rester une trace, parfois infime. Une information importante notamment pour les femmes enceintes. Enfin, la surprise vient parfois d’où on ne l’attend pas. « Je ne dirais pas que j’ai été bluffé, mais plutôt agréablement surpris par le gin sans alcool » concède-t-il. Et sur la tendance, un détail en dit long. L’étiquette aussi a changé de cuvée. Design soigné, codes du vin respectés, « quand on pose la bouteille sur une table, on n’y voit que du feu ».
Un marché porteur au Centre Leclerc de l’Immaculée
Même constat en grande distribution. Il ne se passe pas un jour sans qu’un client demande où se trouve le rayon. En ce mois de janvier, les références sont d’ailleurs mises en avant, bien visibles, en tête de gondole. Patrick, responsable de la cave du Centre Leclerc de l’Immaculée, observe une progression continue des volumes depuis 2021-2022, en janvier mais aussi sur le reste de l’année. Chevalier des vins AOC de Chinon en 2025 et amateur de grands crus, il a décidé de creuser le sujet côté technique, et nous apprend que c'est un Allemand, Carl Jung, qui a pratiqué dès 1908 une première méthode de désalcoolisation. Aujourd’hui, explique-t-il, trois procédés sont autorisés : évaporation partielle sous vide, techniques membranaires et distillation. Il cite également la Maison Levin, qui a développé « un processus de vinification sans production d’alcool », avec ajout de levain. Côté profils, il retrouve la même tranche que chez Le Tastevin, mais voit aussi des clients autour de la soixantaine, plus souvent motivés par des raisons de santé. Une logique qu’il compare volontiers à la vapoteuse, quand « le geste » reste le plus difficile à abandonner. Dans les rayons, la curiosité joue à plein, « les gens veulent essayer » affirme-t-il. À la dégustation, Patrick juge lui aussi le progrès évident. On retrouve bien le fruit, mais il manque encore, selon lui, « le côté rond, l’attaque, le côté astringent, parfois avec un petit manque d’acidité ». Là encore, il salue l’étiquetage, devenu très convaincant. Mais il insiste sur deux avertissements. D’abord, comme Axel, sur la présence possible d’un “chouïa” d’alcool résiduel. Ensuite sur le sucre et l’équilibre. La glycémie reste, et « le fait de bloquer la fermentation peut jouer sur la digestion ». Son conseil, au fond, reste celui de tout bon sommelier, avec ou sans degrés. Le plaisir, oui, mais toujours avec modération.

