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Publié par Soizick David, le 08 Janvier 2026 à 21:11

À la Cité sanitaire de Saint-Nazaire, une journée “Dry January” pour questionner sa consommation d’alcool

Christelle Hamery, infirmière en addictologie, et Sélena Durand, étudiante infirmière, ont tenu ce jeudi 8 janvier un stand de sensibilisation dans le hall de l'hôpital.

À la Cité sanitaire de Saint-Nazaire, une journée “Dry January” pour questionner sa consommation d’alcool
Séléna Durand, étudiante infirmière, et Christelle Hamery, infirmière en addictologie © SaintNazaireNews.fr

« On vient parce qu’on se pose des questions ». Dans le hall de la Cité sanitaire de Saint-Nazaire, ce jeudi 8 janvier, l’affiche colorée “Dry January” accroche le regard. À quelques mètres de l’entrée, l’équipe d’addictologie a installé un stand avec des documents, quizz, des équivalences de verres et entretiens flash. Parce que profiter du défi “janvier sans alcool” permet d'inviter chacun à appuyer sur pause, au moins le temps d’un mois, à regarder sa consommation en face, et en tirer des bienfaits immédiats.

Un mois pour tester “la vie sans verre"

« L’idée n’est pas de culpabiliser mais de réfléchir à son rapport à l’alcool » insiste Christelle Hamery, infirmière en addictologie à l’hôpital de Saint-Nazaire. Toute la journée, elle accueille patients, visiteurs, ou curieux qui s’arrêtent “juste pour voir”, et parfois restent un peu plus longtemps que prévu. Dry January, c’est ce défi collectif venu du Royaume-Uni, un mois complet sans alcool, du 1ᵉʳ au 31 janvier. En France, la campagne est portée surtout par des associations et des collectifs citoyens, bien plus que par l’État, « sans doute à cause du poids des lobbies » glisse l’infirmière. Le principe est de faire une pause, d'observer ce qui change (le sommeil, l’énergie, l’humeur, le portefeuille…), puis décider, en connaissance de cause, ce qu’on veut garder comme habitudes. Les chiffres prouvent l'efficacité de la campagne. Une étude menée sur les participants à Dry January montre qu’après le défi, 58 % d’entre eux déclarent boire beaucoup moins qu’avant, et se sentent plus à l’aise pour refuser un verre. D’autres enquêtes pointent aussi d'autres bénéfices très concrets : 54 % disent se sentir mieux dans leur tête, 42 % mieux physiquement, 31 %  dorment mieux. « En un mois, on se rend compte de l’impact réel de l’alcool sur son quotidien. Et ça, c’est souvent un déclic » observe Christelle Hamery.

Une région qui boit plus que la moyenne

Si Dry January rencontre un tel écho, c’est aussi parce que le sujet est loin d’être anodin en Pays de la Loire. Ici, on sait que l’alcool fait partie des habitudes de vie, des apéros, des fêtes… « et qu’il est banalisé » constate l’infirmière. Les données de Santé publique France le confirment. Dans la Région, la consommation quotidienne ou hebdomadaire d’alcool, ainsi que les alcoolisations ponctuelles importantes, restent plus fréquentes que la moyenne nationale, en particulier chez les 18–30 ans. Chez les jeunes de 17 ans, les Pays de la Loire se situent même parmi les régions où l’usage régulier et les “cuites” répétées sont les plus élevés de France. Et ce ne sont pas seulement “les jeunes qui font n’importe quoi”. « On voit des profils très variés » explique Christelle Hamery. L’alcool joue souvent le rôle d’anti-stress, d’anxiolytique improvisé, sans que les personnes aient l’impression d’être en danger. Sur le stand, l’équipe addictologie propose des entretiens flash et un petit test d’auto-évaluation (type AUDIT) en dix questions : fréquence, quantités, conséquences possibles… Et c’est parfois le moment où les gens réalisent qu’ils sont déjà dans une consommation à risque. Pas forcément dans l’addiction, mais sur un fil.

Quand la consommation bascule dans l’addiction

Dry January n’est pas pensé pour les personnes très dépendantes physiquement à l’alcool. Pour elles, un arrêt doit être médicalement encadré. « On ne parle pas de dose magique au-delà de laquelle on serait “officiellement alcoolique”. Ce qui compte, c’est à partir de quand ça fait souffrance, et à partir de quand tout s’organise autour du produit » précise l’infirmière. La phrase que Christelle Hamery aime rappeler aux patients ? « La dépendance, c’est la perte de la liberté de s’abstenir » répète-t-elle. Le verre n’est plus pris pour le plaisir. Le produit prend de plus en plus de place. On planifie ses horaires de boisson pour pouvoir aller travailler, on cache sa consommation, on s’isole, on perd parfois son emploi, son permis, des relations. Et autant on parvient à dire “je fume trop”, autant admettre “je bois trop” est plus compliqué. « Chez une personne alcoolique, on ne parle pas de guérison, on parle de rétablissement. On peut se rétablir, retrouver une vie stable, mais on sait qu’on restera à risque si l’on reprend un verre » insiste-t-elle. D’où l’intérêt d’intervenir le plus tôt possible, à des stades où la personne se dit encore, « je ne suis pas alcoolique, mais… je me pose des questions ». « Depuis que je travaille en addictologie, depuis 2011, je vois de plus en plus de personnes qui viennent d’elles-mêmes parce qu’elles s’interrogent. Le Dry January, les campagnes, le fait qu’on en parle, ça fonctionne, et ça fait bouger les lignes » confie Christelle Hamery.

Un stand, des tests… et surtout des portes ouvertes toute l’année

Dans le hall de la Cité sanitaire, les supports étaient aujourd'hui très concrets : des affiches sur les équivalences de verres (deux pintes de 50 cl, selon le degré, peuvent représenter l’équivalent de six verres de whisky), des plaquettes de prévention, des QR codes vers des applis qui permettent de noter sa consommation au quotidien et d’obtenir des messages d’encouragement pendant le Dry January, des informations sur les associations d’entraide (Alcooliques anonymes, Entraide Addict, Croix bleue, etc.). On ne veut pas pousser les gens à la consommation… de consultations… « L’idée, c’est que la démarche vienne d’eux. On demande que ce soit la personne concernée qui appelle pour prendre rendez-vous, pas l’entourage à sa place ». Les consulations sont ouvertes sans lettre d'un médecin. Des groupes de parole pour l’entourage existent aussi. En consultation, le travail de Christelle commence souvent par ces quelques mots, « on a une page blanche, on va l’écrire ensemble ». On identifie les rituels, on cherche des alternatives : prendre une douche, aller marcher, appeler un ami, tester les cocktails sans alcool qui se multiplient désormais dans les bars. C’est aussi ça que change Dry January. Aujourd’hui, on peut tenir un verre festif en main sans alcool, dans le même type de verre que les autres. Ça aide énormément à dire non.

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