Saint-Nazaire : un duo d’artistes derrière le buzz du crocodile
Aude Thalmann et Marcus Gwiasda ont mis au point une installation de street art temporaire sur l'une des sculptures du Voyage à Nantes.
Depuis mardi 27 août, la pose d'un crocodile de carton sur la statue Le Pull-Over, oeuvre du Voyage à Nantes des artistes Daniel Dewar et Grégory Gicquel, ne passe pas inaperçue. Comme sorti de nulle part, le féroce et tout de même sympathique animal a soulevé de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, mais aussi des interrogations. Nous avons retrouvé la trace des auteurs de cette installation éphémère et non intrusive, qui ont voulu saluer ainsi avec charme et humour une oeuvre, mais aussi une Ville, qu'ils prennent plaisir à régulièrement visiter.
« Une ville que nous apprécions »
Aude Thalmann, traductrice basée à Nantes depuis 2007, et son compagnon Marcus Gwiasda, artiste photographe et sculpteur installé près de Stuttgart, mènent depuis 10 ans une vie nomade et transfrontalière. « Nous apprécions de venir régulièrement à Saint-Nazaire quand nous nous retrouvons, une ville où curieusement beaucoup de Nantais n'ont jamais mis les pieds, et qu'ils jugent à tort inintéressante » s'étonne-t-elle encore. Au fil de leurs visites, ils ont découvert ensemble la suite de triangles de Felice Varini, et l'architecture particulière née de la reconstruction. « C'est une ville où l'on ne peut pas se perdre. Avec son quadrillage d'avenues, et une architecture brutaliste à laquelle nous sommes tous deux sensibles. À chacune de nos visites, nous venons admirer les oeuvres du Voyage à Nantes » poursuit-elle. Saint-Nazaire est également devenu un terrain de jeu pour l'artiste photographe. Notamment pour sa série de photos “prêt à mourir”, installation temporaire où un groupe de 4 personnes se fige le temps d'une photo. Et c'est à l'occasion d'une de ces escapades artistiques, que l'idée du crocodile a peu à peu germé dans l'esprit du couple.
Un côté incongru
« Nous sommes venus à Saint-Nazaire en 2021 juste avant l'inauguration de l'oeuvre. Au premier regard, j'étais un peu sceptique. je trouvais les sujets déconcertants mais cependant avec une réelle esthétique » indique la jeune femme. Marcus quant à lui apprécie le jeu de lumières, et des oeuvres qui mettent en valeur un endroit peu connu, et prolongent le regard vers la jetée. « Nous avons peu à peu apprécié ces sculptures qui nous forcent à observer, leur côté incongru, qui est un peu la marque de fabrique des deux artistes » poursuit Aude Thalmann. Justement, Daniel Dewar et Grégory Gicquel ont réalisé une autre oeuvre à Bordeaux, Pantalon de jogging et mocassins à pampilles, auquel ont été ajoutées des breloques. L'idée fait son chemin et en juin dernier, ils décident spontanément de mettre leur projet à exécution.
Un oeil nouveau sur les oeuvres
Pourquoi un crocodile ? Le côté très classique d'un pull qui traverse les époques les frappe d'emblée. « Presque tous les vêtements ont un logo. Un logo, on s'y attache. Le pull semblait l'attendre. Le crocodile nous rappelait l'eau du port. La couleur verte la ligne verte du voyage à Nantes » expliquent Aude et Marcus. Ils n'ont pas l'habitude de travailler ensemble, mais Aude évolue dans le domaine de l'art, pour des musées à Strasbourg, ou encore la fondation Van Gogh à Arles. L'installation de leur crocodile est artisanale et éphémère, la fabrication à la main utilise des matériaux basiques, et ils tiennent au respect de l'oeuvre. C'est donc en catimini que le couple vient le mardi 27 août au petit matin, pour offrir à leur crocodile une nouvelle demeure. « L'idée n'est pas de remettre l'oeuvre en question » insiste la jeune femme, restée sur place quelques heures pour assister aux premières réactions. « Nous ne savons pas combien de temps notre crocodile restera en place, nous espérons le plus longtemps possible. Le Voyage à Nantes a liké l'une des photos que nous avons posté » s'amuse-t-elle encore. Le petit clin d'oeil d'Aude et Marcus semble avoir aussi séduit les Nazairiens, qui regarderont peut-être à leur tour cette oeuvre d'un oeil nouveau.