Mobilisation pour Lyhanna à Saint-Nazaire : « peut-être le début d’un MeToo pour les enfants »
Plus de 150 rassemblements se sont tenus ce lundi 8 juin devant les tribunaux de France, dont celui de Saint-Nazaire, où une foule nombreuse a réclamé une meilleure protection des enfants.
Lyhanna avait 11 ans. Elle était collégienne à Fleurance, dans le Gers. Disparue le 29 mai, son corps a été retrouvé le 4 juin à Puycasquier. Jérôme Barella, 41 ans, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans, puis la procédure a été requalifiée en meurtre. Ce que révèle l'enquête glace le sang. Depuis 2017, au moins sept plaintes ou signalements avaient été transmis à la justice à l'encontre du suspect. La dernière, une plainte pour viols sur une mineure de 12 ans, a été déposée en août 2025, et est toujours en cours au moment des faits. Jérôme Barella n'a jamais été entendu pour cette dernière plainte, l'instruction ayant été retardée par des questions de compétence territoriale entre parquets. Ce lundi 8 juin, le mouvement est devenu national. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a présenté ses excuses à la famille et donné jusqu'au 14 juillet aux procureurs généraux pour reprendre l'intégralité des plaintes touchant des enfants (soit environ 70 000 dossiers). Une intervention qui n'a pas calmé l'émotion ou la douleur, et qui a déclenché une vague de témoignages, jusque devant le parvis du tribunal de Saint-Nazaire.
L'émotion et la colère
À Saint-Nazaire, à l'appel de l'association Victimes mais pas démunies, la mobilisation a pris une forte ampleur. Devant le tribunal de la rue Albert de Mun, une foule très nombreuse s'est rassemblée dès 19 heures. Des familles, des parents, des grands-parents de victimes, de simples citoyens, des élus, des membres d'associations… L'émotion était palpable, traversée de silences, et de cris de colère qui fusaient parfois dans l'assemblée. Et surtout des témoignages, les uns après les autres, portés par des voix qui tremblaient mais refusaient de se taire. Beaucoup qui attendent que justice soit rendue depuis des années, qu'on les écoute, qu'on écoute leur fille, leur petite-fille. Un message revenait cependant dans toutes les bouches, « cette mobilisation ne doit pas s'arrêter ce soir, mais marquer le début d'un mouvement durable ».
« Les victimes sont isolées »
Perrine Sailly, fondatrice de l'association Victimes mais pas démunies, a pris la parole. « Cela fait trois ans qu'on répète la même chose au tribunal de Saint-Nazaire », a-t-elle lancé à la foule, dénonçant un accompagnement des victimes quasi inexistant. Son constat ? « Une victime qui franchit la porte d'un commissariat ou d'une gendarmerie sans conseil juridique voit sa plainte condamnée au classement sans suite » témoigne-t-elle (L'association, née en 2023 sur la presqu'île guérandaise après que sa fondatrice a découvert, à l'occasion d'un cambriolage, le désert d'accompagnement auquel sont confrontées les victimes d'infractions pénales, milite pour que chaque personne soit assistée d'un avocat dès le dépôt de plainte ). Perrine Sailly a ensuite pointé l'asymétrie criante entre accusés et victimes. « Est-ce que Monsieur Barella est accompagné par un avocat ? Sûrement ! Lui, il connaît tous les rouages de la justice ». Elle a également dénoncé l'absence de dialogue avec le parquet local, « cela fait trois ans qu'on appelle la procureure et qu'elle ne nous reçoit pas » regrette-t-elle.
« L'enfant doit être au cœur de nos préoccupations »
C'est l'une des voix qui a peut-être le plus marqué ce rassemblement après les témoignages de victimes ou de familles de victimes. Maître Caroline Mathon, avocate au barreau de Saint-Nazaire, était la seule représentante de la profession présente devant le tribunal. Un isolement qu'elle a regretté publiquement, invitant ses confrères et consœurs à la rejoindre lors de prochaines mobilisations. Visiblement émue par l'ampleur de la foule, elle a posé les mots que beaucoup attendaient. « On a parlé de #MeToo pour les femmes, on parle peut-être aujourd'hui d'un début de #MeToo enfant ». Dans son intervention, elle a insisté sur le manque de formation, d'enquêteurs, de magistrats, et sur des enquêtes qui ne sont pas menées jusqu'au bout. « Qu'on ne nous dise plus qu'il y a des dysfonctionnements, et qu'on les découvre aujourd'hui », a-t-elle protesté, rappelant les travaux de la CIIVISE et le sort du juge Édouard Durand, « un juge très courageux qui s'est engagé, qui a été mis de côté ». Mais Maître Mathon a tenu à inscrire son propos dans une logique de construction plutôt que de confrontation. « On n'est pas là pour mettre à sac un tribunal. On n'est pas là pour dire qu'il y a des responsabilités individuelles. On est là pour dire qu'aujourd'hui, l'enfant doit être au cœur de nos préoccupations » a-t-elle insisté. Elle conclut, regard tourné vers la foule, « il va falloir encore être là sur les prochains mois, parce que ce qui se passe aujourd'hui, c'est le début de quelque chose ».