Trignac : sur le toit d’Auchan, des abeilles produisent le miel le plus local qui soit
À quelques mètres à peine des rayonnages de l'Hypermarché, trois ruches d'un apiculteur du Pays de Retz sont installées sur le toit et produisent un miel vendu sur place.
« Entre la production et la mise en vente, on ne peut pas faire plus court ! », s'exclame Patrick Becquart, directeur de l'hypermarché Auchan de Trignac, en nous montrant les pots de miel alignés au rayon des produits locaux. Depuis 2024, l'hypermarché noue un partenariat avec Romain Leray, apiculteur au Rûcher des Bois Perdus à Saint-Père en Retz. Sur le toit du magasin, trois de ses ruches produisent un miel qui parcourt le plus court des circuits. Récolté à quelques mètres à peine des rayonnages, il est ensuite mis en pot puis vendu sur place. Nous sommes montés sur le toit pour assister à la récolte d'été, à la rencontre de Romain Leray et de ses colonies. L'occasion de comprendre comment est né ce projet, de découvrir le travail minutieux d'un apiculteur passionné de génétique, et d'en apprendre un peu plus sur la vie secrète des abeilles.
Les “protégées” des salariés
L'activité de Romain Leray dépasse largement le cadre de Trignac. Il gère entre 200 et 300 ruches en production sur l'ensemble du Pays de Retz, et travaille également avec une quinzaine d'entreprises, notamment sur le parc Nantais, à Saint-Nazaire et du côté de Saint-Jean-de-Boiseau, sous forme de contrats de production de miel qui reviennent directement à chaque société partenaire. Parallèlement, l'apiculteur mène un travail de sélection génétique, avec une production de reines et d'essaims qu'il revend à des particuliers comme à des professionnels. C'est en 2024 qu'il a pris contact avec Auchan. Sandrine Le Bris, adjointe à la direction du magasin, a immédiatement été séduite par l'idée et en a parlé à Patrick Becquart, qui a donné son feu vert sans hésiter. Aujourd'hui, les ruches sont visibles depuis la salle de pause des employés, qui ont fini par s'attacher à leurs occupantes. « Quand on a vu un frelon asiatique, on a aussitôt prévenu Romain, qui est venu poser des pièges », raconte l'équipe présente ce jour-là. Romain Leray travaille exclusivement avec l'abeille Buckfast, une race sélectionnée génétiquement pour limiter les risques d'essaimage et d'agressivité. « C'est une abeille douce », explique-t-il. C'est cette douceur qui permet d'installer des colonies à proximité d'un parking ou d'un flux de clients sans risque.
La vie cachée d'une colonie
Avant d'ouvrir les ruches, Romain Leray prend le temps d'expliquer leur fonctionnement. Au centre se trouve le nid à couvain, où la reine pond. En pleine saison, elle produit jusqu'à 2 000 œufs par jour, avant de réguler naturellement sa ponte pour réduire la population de la colonie à l'approche de l'automne. Juste au-dessus se trouvent les hausses, sortes de « grenier à miel » où les abeilles stockent leurs réserves. C'est cette partie que l'apiculteur prélève, en laissant toujours le nécessaire en bas pour la survie de la colonie durant l'hiver. « Les abeilles ont un instinct d'amassage qui est complètement fou » nous apprend Romain Leray. La canicule de cet été a eu un effet direct sur le comportement des colonies. Les abeilles trouvent normalement l'eau dont elles ont besoin dans le nectar, chargé à 80 % d'humidité, qu'elles utilisent notamment pour rafraîchir la ruche. Mais lorsque les températures grimpent à 40°C et que les fleurs se raréfient, elles doivent partir en quête d'eau. L'apiculteur en a fait l'expérience directe chez lui. « Mon petit marqueur à moi, c'était mon poulailler. Dans l'abreuvoir des poules, j'avais 200 abeilles à venir boire. Elles ont vidé 23 cuves en l'espace d'une semaine » raconte-t-il. À Trignac, les trois colonies installées sur le toit peuvent atteindre entre 50 000 et 80 000 individus au plus fort de la saison, en juin, avant que la reine ne réduise progressivement la population à l'approche de l'automne et de l'hiver, « pour pas avoir trop de bouches à nourrir » indique-t-il.
Le moment de la récolte
« La hausse est blindée ! », s'exclame Romain Leray avec enthousiasme en ouvrant la première ruche. Toutes les alvéoles sont remplies de miel. Un petit coup de fumée permet d'écarter les éventuelles abeilles agressives avant de retirer un cadre chargé. Chaque hausse compte neuf cadres, et le poids de celui que nous soupesons ne laisse aucun doute sur la richesse de la récolte. Le miel affiche une couleur jaune fluorescent caractéristique, signe que les abeilles sont allées butiner la jussie, mais pas que. Ce jour-là marque d'ailleurs un record pour l'apiculteur, qui estime la récolte à environ 20 kilogrammes par hausse. Romain Leray nous montre ensuite la grille à reine, un dispositif qui empêche celle-ci de circuler dans les hausses, avant de la prendre délicatement dans sa main. Marquée d'un point bleu pour être facilement reconnue, elle témoigne du travail de suivi minutieux mené par l'apiculteur sur chacune de ses colonies.
L'essaimage, ou comment une abeille devient reine
Romain Leray profite de ce moment pour partager, avec passion, les secrets de la génétique des abeilles. « Chaque abeille est potentiellement une reine. Ce qui va faire qu'elle devient reine, c'est son bol alimentaire. Elle va être nourrie exclusivement avec de la gelée royale, et se développer beaucoup plus que les autres » explique-t-il. C'est en observant les qualités d'une reine, comme sa douceur ou sa productivité, que l'apiculteur choisit de reproduire ses caractéristiques. « Cette reine-là n'a pas essaimé, elle m'a fait de belles hausses de miel d'été, elle est douce car je suis en tee-shirt et elle ne m'attaque pas. Ces critères-là m'intéressent », détaille-t-il. Il prélèvera des œufs issus de cette reine et les confiera donc à une ruche orpheline.
Un miel « mille fleurs » typique du territoire
Contrairement à d'autres apiculteurs qui pratiquent la transhumance pour obtenir un miel monofloral, Romain Leray laisse ses ruchers fixes. Résultat, son miel « mille fleurs », comme on l'appelait autrefois, reflète la diversité végétale du territoire. Installées ici en zone industrielle, les abeilles butinent dans un rayon d'environ 3 kilomètres, où elles trouvent plusieurs variétés de fleurs. La composition du miel varie ainsi chaque année selon la météo. Cet été, la première hausse récoltée en mai et juin, avant la floraison de la jussie, provient d'autres essences. Les notes de châtaignier, habituelles certaines saisons, se font cette année plus rares en raison de la canicule, qui a limité la production de fleurs de cet arbre. D'autres années, ce sont la ronce ou le trèfle qui dominent. « Un miel sans concession », dit satisfait l'apiculteur, avec toujours « une petite surprise à chaque saison ».
Un produit local plébiscité par les clients d'Auchan
De retour dans les rayons du magasin, direction l'entrée, où le miel d'Auchan Trignac Saint-Nazaire est mis en avant. Patrick Becquart indique qu'environ 200 pots sont produits par saison, et que 80 % de la récolte précédente est déjà vendue. « Les clients apprécient beaucoup », souligne-t-il Cette collaboration s'inscrit dans une démarche plus large de travail avec des producteurs locaux, que chaque hypermarché Auchan a la liberté de développer selon ses propres initiatives. Quant à la récolte du jour, une fois mise en pot par Romain Leray, elle rejoindra les rayonnages du magasin dès le mois de septembre.