Le Relais Atlantique et Ding Fring menacés de disparition : les conteneurs de collecte à l’arrêt
À Saint-Nazaire comme dans tout le réseau, une grève de la collecte est lancée, alors que la filière textile de l'économie sociale et solidaire, en péril, tire la sonnette d'alarme.
Depuis ce matin, les habitants de Saint-Nazaire découvrent des conteneurs de textiles prêts à déborder, à l'heure où tout le monde s'affaire à trier et faire le vide d'été dans ses placards. Le Relais a en effet lancé une grève de la collecte. La conséquence directe d’une crise financière qui menace son existence même et celle de ses boutiques Ding Fring. En coulisses, les difficultés d'écoulement grandissent, et les tensions montent avec l’éco-organisme Refashion agréé par l'État, qui gère la collecte, la réparation, et le réemploi des textiles. Ce mardi 15 juillet à Saint-Herblain, les salariés se sont rassemblés devant Décathlon, « un membre du conseil d'administration de l'éco-organisme qui pourrait faire bouger les choses » déclare Stéphanie Gac, responsable du Relais Atlantique à Couëron.
Une grève inédite pour alerter sur l'urgence
Depuis ce mardi, personne ne passe vider les conteneurs de textiles du Relais. « Notre survie est en jeu » alerte Stéphanie Gac. En danger au centre de tri de Couëron : les emplois de 40 salariés en insertion, mais aussi ceux des boutiques Ding Fring, qui valorisent une partie des textiles collectés. Environ 15 à 16 tonnes transitent chaque jour par Couëron, mais les débouchés se réduisent. Loin de manquer de matière, la filière souffre d’un écoulement devenu incertain, en particulier en Afrique, concurrencé notamment par le marché asiatique. Une situation que cette grève vise à rendre visible, dans l'espoir d’un sursaut des collectivités et de l’État. Autre problème, « aucune solution n'est mise en place pour les textiles non réutilisables ni recyclables. Ces flux sans débouchés s'accumulent, faute de reprise organisée par Refashion. Nous demandons le pourvoi immédiat d'exutoires pour ces tonnages sans solution et leur financement, dont la gestion relève directement de la responsabilité élargie des producteurs » dénonce Le Relais. En France, ce sont 3,5 milliards de pièces qui sont achetées chaque année sur le marché du textile, susceptibles ensuite d'alimenter les filières de recyclage.
Refashion : un maillon sous tension
En parallèle de l'arrêt de la collecte, les salariés du Relais Atlantique se sont rassemblés symboliquement devant Décathlon à Atlantis, à Saint-Herblain près de Nantes. Le géant du sport siège au conseil d’administration de Refashion, l’éco-organisme qui soutient la filière textile. « Le coût réel du tri est de 304 euros par tonne, mais Refashion ne verse que 156 euros » s’indigne Stéphanie Gac. L'organisme, financé par une éco-contribution payée par les marques (donc indirectement par les consommateurs) disposerait pourtant de près de 200 millions d’euros en trésorerie d'après la SCOP. Ce manque de redistribution vers les acteurs de terrain alimente une colère sourde. « Nous avons interpellé Refashion, mais personne ne nous répond » déplore-t-elle. Sur la liste des décideurs de Refashion, on retrouve pourtant des noms familiers des plus gros acteurs du textile : Kiabi, Etam, Petit Bateau, La Redoute, Eram, Décathlon. Le Relais réclame une revalorisation urgente de l’aide au tri, condition sine qua non pour éviter la fermeture.
Un modèle solidaire menacé
Le Relais n’est pas un simple opérateur logistique. C’est un acteur clé de l’économie circulaire et de l’insertion professionnelle, avec 2 000 emplois en France, et 1 000 à l’international, notamment en Afrique. Chaque vêtement collecté et trié participe à un cycle vertueux : réemploi, recyclage, solidarité. Les boutiques Ding Fring, par exemple, offrent une seconde vie à 6 à 7 % des vêtements triés, tout en générant de l’activité locale. Mais ce modèle vacille. En 2025, plusieurs structures similaires ont déjà cessé leur activité, comme Abi29 dans le Finistère ou Soex un peu plus loin en Allemagne. Pour les salariés du Relais, la peur de suivre le même chemin est bien réelle. En se rassemblant devant les enseignes influentes du secteur, ils espèrent alerter le public et les pouvoirs publics. « Cet argent issu des éco-contributions doit servir aux acteurs de terrain » martèle Stéphanie Gac. À Saint-Nazaire comme ailleurs, l’économie solidaire joue sa survie dans le silence de ceux chargés de la soutenir.