Passe ta Mini d’abord ! Entre Saint-Nazaire et La Turballe, Timothée Marguier prépare sa première Mini Transat
Installé à Saint-Nazaire depuis deux ans, Timothée Marguier prépare la Mini Transat 2027, une traversée de l’Atlantique en solitaire à bord d’un voilier de 6,50 mètres. Et un test pour tout marin qui rêve de course au large.
Dans son bateau, il a accroché des mots de ses proches, de ses amis. Des messages qu’il pourra relire lorsque la fatigue se fera sentir et que la solitude deviendra pesante. Car en septembre 2027, Timothée Marguier prendra le départ de la Mini Transat 2027, une course au large en solitaire, sans assistance, qui le mènera de La Rochelle jusqu’au Brésil, avec une escale aux Canaries. Seul à bord d’un bateau de 6,50 mètres, il devra gérer la navigation, les manœuvres et les longues heures sans contact avec la terre. Un projet qu’il prépare depuis plusieurs années et pour lequel il a choisi de s’installer à Saint-Nazaire, à quelques milles du pôle d'entraînement de La Turballe. Un peu moins d'un an avant de prendre le départ, il a envie de partager son aventure avec le plus grand monde.
De l’école d’ingénieurs aux régates
Originaire de Versailles, Timothée Marguier a découvert la voile pendant les vacances, entre la Normandie et l'Espagne, où vivent ses grands-parents. À l’époque, il navigue de manière irrégulière, « pour le plaisir », se souvient-il. Quelques années plus tard, lors de ses études en école d’ingénieurs, sa passion prend de plus en plus de place, et c'est en 2021 que survient le vrai déclic, lorsqu'il participe à la course de l'EDHEC. « La course a été un gros déclencheur. Je me suis retrouvé en finale face à des cadors de la régate, et je me suis dit que j’avais peut-être moi aussi ma chance », raconte-t-il. Diplômé la même année, il part ensuite travailler pendant deux ans aux États-Unis. Au Texas, près de Dallas, il continue à naviguer et découvre une autre culture de la régate, « davantage tournée vers la préparation et les réglages du bateau en amont des courses », raconte-t-il. Mais son projet est déjà en tête. Avant même de partir aux États-Unis, il sait qu’il veut se lancer dans la course au large. À son retour en France, en 2023, il commence par trouver un bateau, il parvient à convaincre des partenaires, et s’inscrit dans un cycle de courses pour se qualifier à la Mini Transat.
Saint-Nazaire comme port d’attache, La Turballe comme terrain d’entraînement
Une phrase revient souvent parmi les marins. « Passe ta mini d'abord ! », s'exclame Timothée. Si on veut se projeter sur d'autres courses comme la Route du Rhum, le Vendée Globe, c'est un premier test. Sur un petit bateau, avec très peu de communication et d'outils informatiques à bord, sans téléphone ou internet. « Quand je suis revenu en France, je me suis installé ici à Saint-Nazaire pour mener mon projet sportif », explique-t-il. Pourquoi Saint-Nazaire ? « Je cherchais un centre d'entrainement avec un groupe déjà établi. Le pôle de la Turballe possède un cadre qui me correspond, et avec 25 marins qui se préparent sur ce type de bateau », poursuit le jeune homme de 29 ans. Son quotidien est désormais partagé à 50% entre son métier d’ingénieur en télétravail, et son projet sportif. Les week-ends sont consacrés à la navigation. Le reste du temps, il faut aussi entretenir le bateau, réparer ce qui casse et chercher à améliorer les réglages. Il a baptisé son Mini Edouard Rousseau Jetly du nom de ses deux sponsors. Il date de 2015 et a déjà traversé l’Atlantique, « avec à son bord le skipper Nicolas D'Estais, qui a fait 2e de la Transatlantique en 2019 et participera au prochain Vendée Globe ! ». Depuis deux saisons, le marin enchaîne les courses de qualification, en France comme à l’étranger, en Espagne, en Angleterre, en Normandie ou encore en Méditerranée. En Italie, il a notamment remporté une course au départ de Rome avec son co-skipper Victor Le Roy. Au cours de l’été 2026, il a participé à la Mini Atlantique, entre les Sables-d’Olonne et les Açores. Une navigation de longue distance qui lui a permis de se confronter pour la première fois à ce type d’aventure au large en solitaire. Sa dernière course de qualification avant de s'aligner sur le départ sera la Pornichet Select au printemps prochain.
« Quand on est seul, les émotions sont décuplées »
Timothée sait qu’il devra apprendre à apprivoiser la solitude. Il parle de son Mini 6.50 comme d’un compagnon. « Quand je suis seul en mer, je lui parle. On crée un lien très fort avec son bateau, on ressent ce besoin de le personnifier, d'avoir mal pour lui parfois, de créer une sorte de relation avec sa coque. Je l'appelle mon p'tit Edouard Rousseau Jetly quand je suis au large », sourit-il. Il garde aussi à bord les messages de ses proches. Ces quelques mots peuvent devenir un soutien précieux lorsque la fatigue s’accumule et que les conditions se compliquent. « La solitude est parfois très pesante, car on se retrouve sans contact avec personne, sans même pouvoir capter une radio. On se retrouve tout seul dans un tout petit bateau qui fait l'espace d'une twingo. Avoir ces mots de soutien, c'est super important pour le moral, c'est ce qui permet de continuer quand on est dans des conditions compliquées. Et c'est assez drôle car dans ces moments-là, quand on est à bout, fatigué, les émotions sont décuplées. Je me suis retrouvé à pleurer en lisant ces mots. C'est vraiment très fort », décrit-il.
Faire vivre l'aventure au plus grand nombre
Pour partager cette aventure, le skipper publie régulièrement des nouvelles sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, où son compte Tim au large rassemble déjà 2 600 abonnés. « Le plus important, c'est de pouvoir raconter cette aventure en mer auprès des personnes qui ne connaissent pas la navigation. Partager ce que je vois en mer, et ce que je ressens. C'est une diversité incroyable, que ce soit dans les conditions climatiques, ou encore dans des situations improbables de rencontres avec des animaux marins. Des dauphins, des baleines, des orques », raconte-il. Lors d'une course au large près de la Péninsule ibérique, un concurrent a été attaqué par l'un de ces animaux. « C'est un comportement qui visiblement s'est transmis. J'ai eu la chance de pouvoir échanger avec des marins au Portugal qui connaissent bien ce sujet. Au sein de la course au large, on reste très vigilant pour ne pas prendre de risques, pour les orques comme pour nous. On essaie de vivre avec les éléments, plutôt que d'imposer notre présence », insiste le skipper. Ils seront environ 90 participants en septembre prochain à prendre le large vers le Brésil. « Mon objectif est d'aller chercher un podium dans ma catégorie non scow ». En attendant, entre son travail, les entraînements et la préparation du bateau, chaque week-end passé en mer le rapproche un peu plus de cette traversée de Atlantique.