Nantes : la raffinerie Béghin-Say désormais protégée au titre des monuments historiques
Dressée au bord de la Loire depuis les années 1930, l'"usine bleue" voit consacrée à la fois son histoire industrielle et sa silhouette devenue indissociable du paysage nantais.
La raffinerie Béghin-Say, avec sa cheminée de 83 mètres qui perce le ciel au bord de la Loire et ses façades bleues et blanches reconnaissables entre mille, est désormais protégée au titre des monuments historiques par arrêté préfectoral du 31 mars 2026, suite à une demande formulée par le Collectif des associations du patrimoine industriel et portuaire. La DRAC des Pays de la Loire a donné un avis favorable, en raison de son intérêt historique et architectural.
Un site toujours en activité
C'est en 1935 que commence la mise en service de la raffinerie, construite pour les Raffineries et Sucreries Say, et conçue en partie par les ateliers Schwartz Hautmont, l'un des bureaux de construction les plus réputés de l'époque, à qui l'on doit plusieurs des bâtiments à ossature métallique du site. Pendant des décennies, c'est ici que le sucre de canne, arrivé par bateau depuis les îles, était raffiné avant de prendre le chemin des tables françaises. La raffinerie est même la dernière de ce type sur toute la côte atlantique. Son activité de raffinage a finalement cessé en 2009, l'actuel propriétaire Tereos France ayant depuis orienté le site vers le conditionnement du sucre blanc et roux en provenance de La Réunion, commercialisé sous les marques Blonvilliers et La Perruche. Le site reste donc vivant, en activité, ce qui le rend d'autant plus remarquable.
PUBLICITÉ LOCALEUn paysage et une couleur
Cinq hectares au bord de la Loire, face à la Haute-Île. Une cheminée et des tours qui défient la verticalité. Et un bleu caractéristique, choisi en 1993, qui fait référence aux mers du Sud et aux îles d'où provient la canne à sucre. Depuis le pont des Trois-Continents, la silhouette de Béghin-Say est devenu un repère incontournable du paysage nantais. Ce n'est pas un hasard si la Commission régionale du patrimoine et de l'architecture a tout particulièrement souligné, dans sa décision, le rapport du site à la Loire. Le fleuve fut à la fois vecteur de marchandises et source d'énergie pour l'industrie nantaise. Différents bâtiments sont donc désormais protégés sur le site : le bâtiment administratif et l'ancien atelier le long du boulevard Bénoni Goullin, les bâtiments des sucres raffinés et des sirops reliés par une passerelle au cœur du site, l'ancien entrepôt des sucres bruts côté Loire, l'ancienne cartonnerie à sheds conoïdes (ces toits en dents de scie si caractéristiques de l'architecture industrielle), et bien sûr la grande cheminée, visible à des kilomètres à la ronde. Cette protection est due en grande partie à la mobilisation et à la demande du Collectif des associations du patrimoine industriel et portuaire nantais, convaincant la DRAC d'instruire le dossier. Béghin-Say devient ainsi le deuxième site industriel nantais à bénéficier d'une telle protection, après celui des Batignolles en 2022.