Portrait de candidat : Eddy Le Beller, contre la guerre et pour le monde du travail
À Saint-Nazaire , le candidat qui conduira la Liste Lutte Ouvrière aux élections municipales se livre sur son engagement et ses idées.
Eddy Le Beller est candidat Lutte Ouvrière aux élections municipales à Saint-Nazaire, il conduira une liste composée de « travailleurs, travailleuses et retraités », déjà constituée, qui sera déposée officiellement le 9 février. Âgé de 57 ans, il a adhéré à Lutte Ouvrière à 17 ans. Il vit à Saint-Nazaire depuis 1995. Il a d'abord travaillé en tant qu'interimaire, avant d'être embauché en 2000 aux Chantiers de l'Atlantique, où il occupe aujourd'hui le poste de superviseur. Il travaille à bord des navires, et suit les travaux des sous-traitants. Il se présente pour la troisième fois aux élections municipales, et a également été candidat aux élections législatives, ainsi qu'aux élections européennes, et aux élections régionales. La profession de foi présentée par sa liste sera nationale, centrée sur des problématiques précises (marche à la guerre, crise économique, frontières). 250 listes Lutte Ouvrière seront présentées en France. Pour mieux comprendre l'engagement de quarante ans d'Eddy Le Beller, il faut d'abord comprendre comment, à 15 ans, il découvre le mouvement communiste, alors qu'il n'est encore qu'un collégien à Vannes, puis pourquoi il rejoint à 17 ans Lutte Ouvrière, un parti qui représente le mieux l'idée qu'il se faisait de ce mouvement. Et ce qu'il proposera, avec sa liste, aux élections municipales.
Pourquoi avez-vous rejoint Lutte Ouvrière ?
Pour moi à 15 ans, le mouvement communiste proposait une société débarrassée de l'exploitation, débarrassée des classes sociales, débarrassée des guerres. Une société où les frontières n'existent plus. Lutte Ouvrière était différent du Parti Communiste, de cette caricature qu'était devenue l'union soviétique. Lutte Ouvrière est un mouvement trotskiste, avec des gens, qui au sein du mouvement communiste, ont justement combattu la dérive stalinienne pour défendre ce qu'était le mouvement à l'origine. Des gens ayant réussi, au moins dans une partie du monde, à mettre à la porte, la noblesse et la bourgeoisie. Et pour la première fois, les travailleurs avaient pris le pouvoir ! C'est encore plus une évidence aujourd'hui, et je ne m'arrête pas aux portes de Saint-Nazaire ! Le monde dans lequel nous vivons, évoluons, a des frontières. Au niveau mondial, on a tous besoin du travail des uns des autres, de la collaboration des uns des autres. Et ça se passe, d'ailleurs, d'une certaine façon. Sauf que ça se passe avec la société capitaliste. Avec de la concurrence. Et sans la coopération.
Comment décririez-vous le climat politique actuel ?
Je suis contre la guerre qui se prépare. Et le moteur de tout ça, c'est la concurrence qu'exercent les capitalistes les uns contre les autres. Finalement, il y a une guerre en permanence, que ce soit une vraie guerre ou une guerre économique. Certaines choses ont certes changé : les matières premières, l'énergie qui intéresse aujourd'hui les grands du capitalisme. Il y a eu des changements géopolotiques aussi, des effondrements. Mais aujourd'hui, le capitalisme est malade. Les capitalistes sont de plus en plus agressifs, pour tirer du profit du système économique. Et ils sont plus agressifs les uns envers les autres. Souvenez-vous des propos de Carlos Tavares, ancien patron de Stellantis, qui déclarait à propos de son groupe : « aujourd'hui il faut aller manger dans la gamelle du voisin ». Donc notre société n'est pas une société en paix, ni économiquement, ni au niveau des frontières. Finalement aujourd'hui, le seul avantage qu'on peut voir avec Trump, c'est qu'au moins les choses sont dites crûment. Car il ne faut pas se leurrer, il n'y a aucune rupture avec ce qui se passait avant, quand tout était bien enrobé. La seule différence de nos jours, c'est que le baratin sur le droit des peuples, c'est fini. Et derrière tout ça, il y a une guerre économique acharnée entre les capitalistes, qui est en train de se transformer en guerre tout court.
Il y a déjà une guerre, en Ukraine
Les budgets militaires augmentent, aux Etats-unis, en Chine, en France, en Allemagne. Et puis il y a les discours qui vont avec. Dans la guerre qu'on nous prépare, on va nous faire comme toujours, le coup du bon contre les méchants, alors que c'est une guerre des capitalistes les uns contre les autres. Et c'est la population qui va payer. Dans la guerre entre l'Ukraine et la Russie, ce sont les classes populaires ukrainiennes et russes qui sont dans les tranchées, pas l'élite de ces 2 pays. Les dirigeants, non seulement n'envoient pas leurs enfants au casse-pipe, mais en plus gagnent de l'argent de manière outrancière sur la guerre. De quoi parle-t-on d'ailleurs aujourd'hui à propos de l'Ukraine ? De la reconstruction, de la quantité de milliards qu'il y a sur la table, de quel groupe BTP aura une place ou pas… Toutes les guerres sont comme ça. Cette vision nous différencie par exemple de Mélenchon, qui en visitant l'usine Dassault il y a quelques jours, s'est quand même dit “fan” du rafale.
Quel message portez-vous ?
Ce sera notre message aux Municipales : « Les capitalistes, il faut les foutre dehors ». Tous les problèmes que j'évoque, on est prié de ne pas en parler. Dans cette campagne, on nous demande de réagir sur certains sujets locaux comme le logement, comment rendre la ville plus belle, plus propre… Mais sur toutes ces questions-là, moi j'en reviens aujourd'hui, sur qui décide des choses réellement. Et si ce n'est pas ça qui est mis sur la table, il ne se passera rien. Parce que quand monsieur le Maire, ou d'autres partis, nous disent qu'ils vont transformer ou embellir les choses avec une petite cuillère, pendant que leurs copains au gouvernement sont en train de tout péter à coups de bulldozer, moi je dis qu'il y a tromperie sur la marchandise. Le maire par exemple, ce système lui va très bien. Alors il va faire des critiques à la marge sur l'État, sur Macron, mais il a quand même appelé à voter pour ce gars-là. Ce que je reproche à David Samzun, c'est la politique à laquelle il adhère. Le fait qu'avec lui et les autres partis on doit accepter les règles du jeu, et s'en contenter, pour régler les problèmes de la population dans les villes. Il faut que la classe ouvrière s'organise, il faut qu'on se rassemble, y compris en présentant une liste aux municipales, en allant chercher des candidats, en allant dans les quartiers, en discutant avec la population. La vraie question qui doit se poser c'est « qu'est-ce que nous pouvons faire, nous les gens du monde du travail ? ». On nous a mis dans la tête que la politique n'est pas faite pour nous, mais pour les professionnels de la politique. La politique est malheureusement devenue une affaire de notables.
Comme tout ceci se traduit dans votre programme ?
Les Nazairiens que nous rencontrons savent que nous sommes de gauche. Ils perçoivent que nous ne sommes pas un parti électoraliste, mais que nous voulons transformer la société, défendre l'idée de la révolution sociale. Je pense dire qu'il faut que le monde du travail s'organise, se défende, se rassemble, pour être en situation d'être plus fort. Des élus municipaux seraient des points d'appui pour relayer les combats de tous ceux qui dans la ville se bagarrent contre les grands patrons, contre les notables, contre l'État. Par exemple, les éducateurs de rue sont en grève depuis plus de deux mois, ils sont au front tous les jours, et on est en train de leur mener la vie impossible, en leur supprimant des congés alors qu'ils auraient besoin au contraire de moyens supplémentaires pour faire face à des jeunes qui en sont là, parce que la société est de plus en plus dure. Des jeunes qui sont plus nombreux à être plus gravement en difficulté, avec des problèmes de logement, de papiers. Ces problèmes, on les fabrique par exemple quand on refuse la régularisation à une partie de la jeunesse. Nous ce qu'on souhaite, c'est recréer un parti qui n'existe pas aujourd'hui, le parti du monde du travail, contre l'incapacité des capitalistes à voir le bien commun, et pour la coopération.
Quelle y est la place de Saint-Nazaire ?
Nous faisons partie de ces villes ouvrières avec des grands centres ouvriers, où le monde du travail pourrait peser sur des choix. Saint-Nazaire est encore une ville ouvrière. Il y a plusieurs industries importantes qui fonctionnent ici, mais avec des problèmes. C'est par exemple une ville qui se vide en partie de sa population ouvrière, repoussée au loin. Parce que le logement dans cette ville, comme ailleurs, est devenu une marchandise comme une autre. Le logement est devenu quelque chose de cher, c'est une vraie difficulté pour les salariés les plus modestes. Ils sont obligés soit de vivre dans des taudis, soit de payer très cher, c'est-à-dire accepter de perdre une part importante de leurs revenus, soit de partir.
Êtes-vous un idéaliste ?
Je ne crois pas. Parce que je travaille dans une entreprise qui va fabriquer un porte-avions. Je sais ce que signifie construire un bateau, ou même avoir un programme pluriannuel, pour construire quelque chose de compliqué. On va étaler des études sur des années pour être capable de finir un projet en temps et un heure. On va faire des programmes de formation dans différents métiers. On en est capable. Et c'est exactement ce dont on a besoin tout de suite pour la santé. Je ne suis pas un rêveur. Ces millions d'heures de travail aux Chantiers, elles vont être mises sur la table, et elles vont être effectuées. Ce n'est pas être rêveur de dire que les millions d'heures de travail qu'on met là, c'est des millions d'heures qu'on n'a pas mis à côté dans la santé, et qui font que les urgences de Saint-Nazaire aujourd'hui sont dans un état lamentable, que des gens y meurent, et que ça va continuer.
Mais que deviendraient par exemple les Chantiers de l'Alantique dans un monde sans capitalistes ?
On ferait autre chose. On pourrait continuer à construire des bateaux. Les métiers qu'on exerce, sont pour une bonne partie, les mêmes métiers que ceux du bâtiment. On pourrait fabriquer des logements, on pourrait construire, on pourrait remplacer les navires poubelles qui circulent sur la mer, plutôt que de faire des bateaux à 6000 € la nuit.
Vous qui êtes contre la guerre, vous allez pourtant participer à la construction d'un porte-avions ?
Je suis comme tous les salariés aujourd'hui, je ne décide de rien. Et comme pour tous les salariés, c'est bien ça le problème. Nous ne décidons de rien d'important. On nous fait croire, au moment des élections, qu'avec notre bulletin de vote, on va changer les choses. La plupart des gens ont compris que c'est faux. Et moi je le dis avec eux, c'est faux, c'est un mensonge. Aujourd'hui, il faut que les gens aillent voter aux élections municipales pour exprimer leur colère, leur défiance, leur rejet d'autres politiques. Le rejet des politiques qui défendent la xénophobie, le nationalisme, qui sèment la division dans le camp des classes populaires. Et au moins, en votant pour des listes Lutte Ouvrière, on affirme qu'on n'est pas dans ce camp là.
Comment est perçu Lutte Ouvrière auprès des jeunes ?
La société n'est pas la même que lorsque j'avais 15 ans. Le parti communiste existait, il y avait des partis de gauche qui étaient forts, il y avait des discussion. Je trouve que c'est dur d'être un jeune aujourd'hui, et d'imaginer, avec les informations dont ils disposent pourtant facilement, la manière dont le monde évolue. Je pense que ce n'est vraiment pas facile pour un jeune d'être optimiste, et de trouver des perspectives positives. Et pourtant, ils en en cherchent, c'est un souci pour eux. Vers où va le monde. C'est beaucoup plus compliqué que lorsque j'avais 15 ans.

