Saint-Nazaire : Manou et la Bara-K, vingt ans d’histoires vivantes sur le front de mer
Le kiosque du front de mer fêtera ses 20 ans le 13 juillet prochain, une grande soirée anniversaire sera organisée le 28 août au dernier week-end des saisonniers.
À la Bara-K, sur le front de mer de Saint-Nazaire, on ne vient pas que pour la vue. Depuis vingt ans, le petit kiosque planté face à la baie de Saint-Nazaire vit au rythme de la ville, du quartier, et surtout des envies de Manou, qui accueille les habitués comme les gens de passage avec la même attention. Le 13 juillet prochain, la Bara-K soufflera officiellement ses vingt bougies. Mais c'est le vendredi 28 août, en clôture de saison, que Manou a choisi de célébrer l'anniversaire, en même temps que la traditionnelle fête de fin de saison de ses saisonniers. Retour sur une histoire qui commence, comme souvent les plus belles, par une erreur d'aiguillage.
Nazairienne par choix
Manou n'est pas née à Saint-Nazaire. On peut même dire qu'elle y est arrivée par erreur. Originaire d'Eure-et-Loir, elle a d'abord travaillé une dizaine d'années comme opticienne à Paris, avant qu'un déplacement chez ses parents, installés à Saint-Brévin, ne change le cours de son existence. En 2003, elle pensait faire une simple étape avant de continuer sa route vers le Pays basque. « Je me suis trompée de sortie, je suis arrivée à Saint-Nazaire où j'ai découvert les pêcheries. Je ne savais même pas où j'étais, je pensais être à Pornichet ! », se souvient-elle en riant. Le coup de foudre est immédiat. Elle s'installe dans la ville avec Habib, et se lance à corps perdu dans un premier projet, dans une ville où tout lui semble possible. Le 5 mars 2005, elle ouvre L'Appart avec Habib, un bar citoyen où l'on vient écouter de la musique, voir des expositions, se rencontrer et échanger. « Mes parents sont entrepreneurs, j'ai le même esprit », indique-t-elle simplement. Puis c'est en observant les travaux de la première tranche du remblai, qu'elle repère des sorties d'eau et d'électricité sortant du sol. Intriguée, elle se renseigne et découvre qu'un appel d'offres est lancé pour un projet de kiosque sur le front de mer. « Je suis allée en mairie, il restait 15 jours pour candidater », raconte-t-elle. Elle présente ses plans, son idée, et est retenue pour tenir le futur café-kiosque.
Pourquoi La Bara-K ?
Restait à trouver un nom pour cet endroit posé face à la baie. Manou s'est plongée dans l'histoire de la ville, de son remblai et de son littoral. « Je suis allée à l'Écomusée, aux archives. Ils m'ont donné une mine d'informations et de photos », raconte-t-elle. C'est ainsi qu'elle découvre l'histoire des baraquements d'après-guerre, qui s'étendaient jusqu'à Kerlédé. La Bara-K est née de cette mémoire nazairienne, doublée d'un clin d'œil à Habib. La baraka, c'est la chance en arabe. « Peut-être aussi parce que les Nazairiens ne savent pas la chance qu'ils ont d'être là. Ici à Saint-Nazaire, on peut avoir plusieurs vies dans une journée ! », lance-t-elle. Vingt ans plus tard, elle se réjouit d'ailleurs de voir arriver de nouveaux habitants venus par choix comme elle, et qui s'attachent à la ville. Ou bien des touristes différents des autres. « À Saint-Nazaire, ce ne sont pas des touristes "m'as-tu-vu", mais qui s'intéressent aux choses, aux gens » apprecie-t-elle. Sa clientèle, elle, n'a jamais vraiment changé de nature. Un mélange de gens de passage et d'habitués du quartier. « Je me souviens du premier jour d'ouverture, les personnes vivant aux alentours venaient timidement découvrir. Certains découvraient seulement le projet », sourit-elle.
À la Bara-K, la vie tout simplement
Manou a voulu la Bara-K comme un lieu vivant avec musique, expositions, ambiances et événements, mais aussi comme un lieu gourmand… Le kiosque a débuté par des boissons et des sandwichs clubs, avant que Manou ne suive une formation de crêpière pour diversifier la carte. Elle aime aller chercher et sourcer ses produits. « Je viens d'Eure-et-Loir où les fermes sont mortes. Ici on a la chance d'avoir des nouvelles générations qui s'installent et veulent faire du bon », se réjouit-elle. Sa farine de blé noir provient d'un moulin en Loire-Atlantique. Sur sa carte, elle aime associer les plats à des émotions. Chez elle, les galettes sont voluptueuses, salivantes, fougueuses, idylliques ou soft. Elle travaille aussi les produits des vieilles maisons françaises comme les cafés Richard, les sirops Giffard, la bière Coreff, et développe une offre de boissons alternatives, kombucha ou boissons pétillantes Schorle des Cévennes. Manou a là encore été séduite par les adjectifs qui les accompagnent : rhubarbe pimpante, citron fringant, pomme piquante. En 20 ans, elle a aussi multiplié les événements. Comme cette fameuse soirée où des artistes étaient invités à « manger les quartiers », chacun décrit avec son adjectif gourmand. Ou comme des expositions photo sur le front de mer, des concerts, des rencontres. Depuis quelques années, la Bara-K est devenue un rendez-vous incontournable pour les musiciens, avec toute une programmation de concerts l'été, « mais seulement le soir, car dans la journée, je préfère le bruit des vagues et des mouettes », précise-t-elle. Et les saisons s'allongent, météo aidant, « cette année, j'ai fermé en novembre pour rouvrir en mars ».
Vingt ans d'équipes, et une fête pour tous
S'il y a une chose que Manou revendique autant que ses bonnes recettes, c'est son attachement aux équipes. Elle pense d'abord à Salim, salarié à la Bara-K depuis quinze ans. « Il est là tous les jours, tous les matins, c'est important », dit-elle. En vingt ans, elle a signé des dizaines de contrats de saisonniers. Certains sont devenus restaurateurs à Saint-Nazaire, d'autres sont partis vers d'autres horizons, mais reviennent parfois la voir de passage dans la ville, ou lui envoient aujourd'hui leurs propres enfants. « Je leur apprends à être responsables et autonomes, et toujours avec le sens de l'humour et de la personnalité », explique-t-elle. C'est pour eux, en grande partie, que Manou a choisi de fêter les vingt ans de la Bara-K le 28 août, en clôture de saison, plutôt qu'à la date anniversaire du 13 juillet. Une manière de réunir autour d'elle toutes celles et ceux qui ont fait vivre le kiosque, saison après saison. Pour l'occasion, elle a confié au jeune collectif Level Up l'organisation d'une soirée dont on devrait se souvenir longtemps, avec musique et décor pensés spécialement pour les vingt ans. Et si l'on demande à Manou de résumer la Bara-K en un adjectif, elle refuse la facilité. « Ce n'est pas un adjectif, mais c'est 100 % art de vivre ! », s'exclame-t-elle.
La Bara-K • 50 Boulevard Albert 1er à Saint-Nazaire • 07 69 59 72 24 • Horaires : de 10h à 23h tous les jours