À Saint-Nazaire, une vigilance exemplaire sur la qualité des eaux de baignade
Depuis 10 ans, l'agglomération de Saint-Nazaire anticipe les risques de pollution bactériologique en allant bien au-delà des obligations réglementaires.
Samedi dernier, le drapeau violet a été hissé sur trois plages de Saint-Nazaire, interdisant temporairement la baignade. Un arrêté municipal pris par précaution, avant même les résultats de prélèvements, qui témoigne d’une politique de santé publique proactive, et fondée sur 10 années d’expérience et d'analyse. Explications.
Des eaux de baignade scrutées à la loupe
À l’échelle nationale, l’Agence Régionale de Santé (ARS) est tenue de réaliser 12 prélèvements entre le 15 juin et le 15 septembre sur les plages françaises, soit un par semaine. Mais à Saint-Nazaire, la collectivité a choisi depuis plusieurs années d’intensifier le suivi. Grâce à son propre laboratoire d’analyse issu de sa station d’épuration, la CARENE effectue entre 2 et 3 prélèvements par semaine, de mi-avril à mi-octobre, sur les plages de Saint-Nazaire, mais aussi de Pornichet. Ces prélèvements réalisés à 2h de la marée haute et à un mètre du bord, au milieu de la zone de baignade, permettent d’obtenir en 24h un diagnostic précis de la qualité de l’eau. Résultat : environ 72 prélèvements annuels sont réalisés sur chaque plage, soit six fois plus que l’exigence minimale. Un dispositif volontairement exigeant, qui complète les prélèvements de l’ARS sans s'y substituer. « On ne coordonne pas les prélèvements avec l’ARS ; cela permet de garder une logique de contrôle et de comparaison » explique Carole Benoit, responsable des analyses pour la CARENE. Les bactéries E. Coli et les entérocoques intestinaux sont plus particulièrement visés. Leur quantité ne doit pas dépasser respectivement 1000 bactéries et 370 bactéries pour 100 ml d'eau.
La pluie comme déclencheur de précaution
La pluie reste le principal déclencheur des interdictions préventives de baignade. Non pas en raison de débordements d’eaux usées, « en été, cela n’arrive jamais, il ne pleut pas suffisamment », insiste Christophe Cotta, adjoint à l’urbanisme, mais à cause du ruissellement urbain. En effet, mégots, déchets, déjections canines ou d’animaux sauvages, branchages ou poussières s’accumulent sur la voie publique en période sèche. Et lorsqu’il pleut à nouveau, tout est entraîné vers les exutoires côtiers. Ce fut le cas le week-end dernier : après plusieurs semaines sans pluie, de fortes averses ont lessivé les rues, transportant divers éléments polluants vers la mer. Résultat : drapeau violet hissé samedi matin par précaution sur les 3 trois plages proches des zones les plus urbanisées. Les analyses se révélant bonnes, le drapeau vert a ensuite été brièvement rétabli, avant de repasser au violet lundi après-midi, cette fois-ci après un dépassement de seuil des entérocoques sur la Grande Plage. Mais rien de plus normal dans cette situation. « De tout temps, on sait qu’il faut éviter de se baigner après un orage d’été » relativise encore Carole Benoit. Néanmoins, une fois passé le Fort de l'Eve, le risque diminue au contact d'un environnement beaucoup plus sauvage et moins urbanisé.
Un dispositif qui s’appuie sur l’expérience
Si des arrêtés préventifs peuvent être pris dès l’annonce de plus de 10 mm de pluie en 12h sur les plages estuariennes (ou 30 mm sur les autres plages ), c’est parce que les équipes de la CARENE et de la Ville s’appuient sur plus de dix ans de données de suivi. Cela leur permet d’identifier avec précision les situations à risque, y compris lorsque les résultats d’analyse ne sont pas encore disponibles. « Même s’il repleut dans les jours à venir, on sait par exemple que le risque diminue une fois que les rues ont été nettoyées par une première pluie » explique Christophe Cotta. En pratique, les arrêtés ne peuvent être pris ou abrogés que les jours ouvrés. Ce décalage administratif explique aussi parfois que les drapeaux restent en place, alors que les résultats sont bons, ou inversement. Des cas de figure qui témoignent de la complexité de la gestion en temps réel, et de l’importance accordée au principe de précaution.
Une politique de prévention et de sensibilisation
Au-delà de la surveillance, Saint-Nazaire mène une politique active de prévention. Une vaste opération de contrôle des 70 000 points de raccordement au réseau pluvial est en cours depuis plusieurs années, pour s’assurer qu’aucune pollution accidentelle ne vienne contaminer les eaux de baignade. Des plaques “Ici commence la mer” ont également été apposées dans les caniveaux pour sensibiliser les habitants au devenir des déchets jetés sur la voie publique. La Ville soutient aussi les opérations de nettoyage des plages menées par des associations ou des citoyens. Et pour le public, le meilleur repère reste la couleur du drapeau hissé par les maîtres-nageurs sauveteurs. En cas de doute, mieux vaut s’en remettre aux consignes sur place : elles sont l’aboutissement d’un suivi technique, rigoureux et sans cesse réactualisé. À Saint-Nazaire, on ne plaisante pas avec la santé des baigneurs.