Festival de cinéma Zones Portuaires : l’Irlande au bout du quai à Saint-Nazaire
Projections, rencontres, temps festifs, concerts, et expositions... Du 5 au 10 mai 2026, le cinéma irlandais et l’art de vivre celte investissent le LIFE et les lieux partenaires.
Dans les ports, on regarde et on vit le monde autrement. Les journées y sont rythmées par l’attente, les départs et les retours, les récits de naufrages et d’horizons lointains, et les vies semblent suspendues entre deux marées. Depuis 2015, le Festival Zones Portuaires s’attache à capter cette essence des territoires maritimes, de leurs imaginaires et de leurs luttes. Pour son édition 2026, il met le cap vers l’Irlande, dont les rivages n’ont cessé d’exporter histoires, chansons et révoltes. Cette 11e édition propose une fresque du cinéma irlandais de ses débuts à aujourd'hui, mais aussi une traversée des paysages et des formes. Près de 50 longs et courts métrages seront projetés. Documentaires, rencontres, musique, littérature, sport et temps festifs viennent compléter une programmation pour tous les publics.
Dans le sillage du festival
Créé en 2015, le Festival Zones Portuaires est porté par l’association Cales Obscures, qui œuvre toute l’année à l’éducation à l’image, des écoles aux maisons de quartier, jusqu’aux résidences seniors. À la barre, un quatuor féminin (Armelle Sèvre à la coordination générale, Lole Justome à la communication et à la production, Pauline Bataille à l’administration et Sandrine Floc’h, cofondatrice) propose une programmation exigeante, épaulé par une soixantaine de bénévoles aux profils aussi variés que passionnés. Fragilisé ces 2 dernières années par la baisse de certaines subventions, le festival a su réinventer son modèle en allant chercher des soutiens au-delà des frontières, auprès des pays mis à l'honneur chaque année. Son véritable coeur battant au LIFE aménagé en salle de projection, profite également du soutien logistique de la Ville. Chaque année, Zones Portuaires continue de grandir, « avec un public qui augmente d'environ 20% chaque année » indique Lole Justome. Plusieurs salles sont partenaires du festival : Cinéville et Jacques Tati à Saint-Nazaire, Cinéma Pax au Pouliguen, la Toile de Mer à Pornichet, l'Atlantique à La Turballe, ou encore Ciné Toiles de Retz à Pornic.
Restituer l'esprit de l'Irlande en un festival
Pourquoi l’Irlande ? Peut-être parce que peu de territoires concentrent à ce point les tensions du monde contemporain tout en conservant une puissance poétique intacte. Indépendante depuis 1922, marquée par les fractures de son histoire, l’île verte est aussi un laboratoire culturel, où la musique, la littérature et le cinéma dialoguent sans cesse. Le festival choisit ses ports comme points d’ancrage à Cork, Dublin, Belfast. Des villes-frontières, ouvertes et blessées, où se croisent dockers, artistes, exilés, travailleurs, rêveurs. C’est là que s’inventent des récits sociaux, politiques, mais aussi profondément intimes. Cette édition résonne d’autant plus que l’Irlande s’apprête à prendre la présidence du Conseil de l’Union européenne en juillet 2026, comme un rappel discret de son rôle dans les équilibres du continent. Musique traditionnelle, chants, danses, sociabilité des pubs, goût de la narration… C’est toute une culture qui affleure à Zones Portuaires en ce mois de mai.
Pépites du patrimoine ou éclats contemporains
Le cœur du festival bat dans ses salles obscures. Une cinquantaine de films composent une programmation dense, où les œuvres se succèdent à travers le temps. On y retrouve des classiques fondateurs, comme L’Homme Tranquille de John Ford (1952), ou encore Gens de Dublin, ultime film de John Huston, projeté en 35 mm au cinéma Jacques Tati. À leurs côtés, une génération contemporaine affirme la vitalité du cinéma irlandais. La carte blanche confiée au Festival international du film de Cork (l’un des plus anciens au monde) ouvre également une fenêtre sur les nouvelles écritures, et les nouveaux récits. Chaque journée promet sa découverte lors des projections. Des quartiers populaires de Belfast (The Flats), aux marges rurales (Christy and his brother), des braqueuses de Dublin (Aontas) aux musiciens d’aujourd’hui (Celtic Utopia), c’est toute une galerie de personnages qui débarque à Saint-Nazaire, dockers, prisonniers politiques, danseurs, adolescents, ou encore pêcheurs. Et c'est un siècle d’histoire irlandaise qui se dessine, de l’indépendance aux réalités contemporaines.
Des temps forts à ne pas manquer
Le festival s’ouvria le mardi 5 mai au LiFE avec un ciné-concert autour de L’Homme d’Aran de Robert Flaherty, accompagné en live par le duo Snowdrops. L'expérience sensorielle, entre images d’archives et composition contemporaine, donne le ton d'un cinéma qui se vit autant qu’il se regarde. Parmi les autres temps forts, on retient notamment l’exposition Following Ulysses de la photographe irlandaise Deirdre Brennan, inspirée par l’œuvre de James Joyce et explorant le Dublin contemporain. Des rencontres avec chercheurs, réalisateurs, ou journalistes, prolongeant les films par la parole et l’analyse. Des avant-premières, dont La Baleine et le musicien, expérience sonore et maritime fascinante, ou encore une leçon de cinéma consacrée à l’histoire méconnue du cinéma irlandais. Et puis, il y a la fête qui déborde des salles : un bal irlandais (céilí) au LiFE, entre violons et flûtes, un tournoi de fléchettes « comme au pub », une initiation au football gaélique, et la fameuse soirée d’Émilie, entre blind test et karaoké.
Festival Zones Portuaires • Du 5 au 10 mai 2026 à Saint-Nazaire • Plus de renseignements et programmation complète sur www.zonesportuaires-saintnazaire.com.