Portrait de candidat : Julio Pichon, pour un mandat axé sur le terrain et sur les gens
Candidat RN aux municipales à Saint-Nazaire, Julio Pichon, mise sur une campagne de proximité pour présenter un programme préparé depuis plusieurs mois.
Après avoir rencontré Eddy Le Beller et Violaine Lucas, nous poursuivons notre série de portraits de candidats. Ancien adhérent et candidat des Républicains, Julio Pichon conduira la liste RN Renouvelle-toi Saint-Nazaire ! lors des élections municipales de 2026. Investi par le Rassemblement National au printemps dernier, cet agent immobilier de 46 ans, originaire du quartier de la Bouletterie, affiche un parcours politique marqué par une rupture. Il explique son ralliement au RN par une « profonde déception » vis-à-vis des Républicains désormais trop compatibles avec la politique d’Emmanuel Macron, et dit vouloir s’adresser à un électorat de droite désabusé. Engagé depuis plusieurs mois sur le terrain local, Julio Pichon explique avoir lancé sa campagne dès son investiture. Porte-à-porte, marchés, tracts, réunions informelles, le candidat dit s'investir dans une présence continue dans l’espace public, entouré d’un noyau de militants. Sa liste devrait être dévoilée mi-février, elle a été déposée en préfecture ce lundi 9 février. Julio Pichon a mis la majorité de son programme en ligne sur son site internet dès l'automne dernier, tout en continuant à le faire évoluer. Au-delà des thèmes de la sécurité sur lesquels il est très attendu, nous avons souhaité interrogé Julio Pichon sur ses autres thèmes de campagne. Entretien.
Comment se déroule votre campagne ?
C’est une campagne de terrain très active. Je souhaite un mandat axé sur les gens, donc notre manière de faire campagne est cohérente avec cela. Nous faisons du porte-à-porte, beaucoup de marchés. Je n’ai pas attendu d’être à un mois et demi des municipales pour aller à la rencontre des habitants. Mon programme évolue en permanence sur la plateforme. J'y formule notamment des propositions en matière de logement, une grosse thématique. Un premier point concerne notamment les travailleurs détachés. C'est formidable, l'industrie fonctionne, et il y aura d'énormes besoins dans les années à venir. Je propose ainsi la création de pôles d'habitations, en aménageant avec tout le confort des conteneurs. Il existe sur le territoire des entreprises proposant ces solutions flexibles, qui peuvent être mises en place très rapidement. Je préfère investir dans ce genre de solution. Ces logements seraient installés sur des terrains en friche que nous sommes en train d'identifier. Autre avantage, cela demande moins de béton, et c'est moins contraignant concernant l'artificialisation des sols. Et si on investit sur une foncière, c'est aussi une rentabilité pour la Ville. Cela libèrerait aussi des logements pour les Nazairiens.
Que constatez-vous en tant qu'agent immobilier ?
En tant qu'agent immobilier depuis 2007, je vis les problématiques du logement au quotidien. Le marché est très tendu, car on n'a plus de logements. Les prix sont très élevés, en partie en raison du marché locatif lié aux travailleurs détachés. Prenons un exemple d'une maison avec 4 chambres. Elle peut être louée entre 350 € et 450 € . Ce qui signifie que des sociétés investissent et préfèrent aménager pour les travailleurs détachés plutôt que pour des familles Je pense que cela a saturé le marché immobilier, plus particulièrement à la sortie du Covid.
Vous avez d'autres solutions à apporter ?
Je pense qu'il faut inciter, pourquoi pas fiscalement, à louer aux étudiants, aux habitants. Je souhaite ainsi la création de zones franches. Lorsque les sociétés qui investissent pour louer ne sont pas dans ces zones franches, elles paieront une taxe supplémentaire à la Ville. Car ces investissements très rentables pour ces sociétés pénalisent les familles, nous allons donc jouer sur la fiscalité. Il ne faut pas que ces zones soient concentrées nécessairement toutes au même endroit. Par exemple à Méan, s'il y a trop de travailleurs détachés, des infrastructures comme les écoles pourraient perdre des élèves. Il faut répartir ces zones.
Que pensez-vous du projet de logements à Gavy ?
Je suis contre. En particulier pour des raisons environnementales. Il y a d'autres solutions. En centre-ville par exemple. On dispose de 2500 barres de garages alignés, sans rien au-dessus. 1250 appartiennent à Silène. L'idée est de construire du logement de 2 à 3 étages au-dessus. Ce sont des zones déjà urbanisées, et le PLU le permet dans le centre-ville. Par contre autour du Bois Joalland, du Parc paysager… Toutes ces zones vertes doivent être au maximum préservées. A Saint-Marc-sur-Mer, soyons honnête, le centre est plutôt bien réussi, mais il faut maintenant calmer le jeu sur les lotissements, et y durcir les règles du PLU.
Comment financerez-vous votre projet si vous êtes élus ?
Je n'aime pas parler de taxes pour les particuliers, et durant mon mandat si je suis élu, le taux d'imposition de la mairie ne changera pas, il n'y aura pas d'augmentation de la fiscalité. Pour cette raison, dès mon arrivée, je souhaite lancer un audit financier. Avec l'idée de pouvoir renégocier tous nos contrats d'appels d'offres. Tous les maires RN l'ont fait dans leur commune, et ils ont tous gagné de l'argent. L'idée est de faire des économies, en identifiant ce qui est dépense inutile ou utile, ce qui peut attendre potentiellement. Je prends par exemple le projet de réaménagement du Grand café à 4 millions d'euros, est-ce vraiment une priorité, quand on voit que la majorité des visiteurs sont les scolaires qu'on y emmène ?
Vous parlez d'attractivité dans votre programme, comment logeriez-vous les touristes ?
Je pense qu'il faut limiter les Airbnb, mais le problème qui se pose à Saint-Nazaire est le manque d'hôtels. Je souhaite développer le tourisme, mais il faut aussi créer les infrastructures qui vont avec, c'est indispensable. Nous évoquions Gavy. Je suis contre car le projet est beaucoup trop grand et prend sur une pastille verte. Si je suis élu, je ferai tout pour m'y opposer. C'est un endroit qui a jusqu'ici été préservé. Il aurait fallu étudier les possibilités, au niveau de l'ancienne université, d'aménager un hôtel, mais sans grignoter les espaces verts. L'hôtel est une bonne idée, mais en se concentrant sur le bâti existant. Je suis peut-être moins écologiste que les écologistes, mais je suis sensible à l'environnement.
A quoi encore êtes-vous sensible ?
Je suis aussi sensible à l'architecture.Je ne veux pas que notre front de mer devienne comme celui de La Baule avec une barre d'immeuble. On a encore quelques maisons qui datent de l'avant-guerre, il faudrait les protéger, au moins les façades. Il faudrait aussi quelques obligations sur les immeubles en front de mer, en incitant à verdir et entretenir, quitte à aider certains propriétaires à refaire leurs façades, pour garder notre ville belle. Je vois passer des Assemblées générales de copropriétaires dans mon métier, je sais que les ravalements peuvent coûter très cher. Je ne suis pas dans l'opposition systématique, le front de mer est une réussite, à nous désormais de le garder.
Vous avez développé un pôle attractivité dans votre programme ?
Nous voulons cibler ce qu'il faut pour les Nazairiens, et ce qu'il faut pour la ville. Les 2 se rejoignent, mais il y a quand même deux visions différentes. Pour les Nazairiens, je veux recréer un vrai marché de Noël, et je n'ai pas peur du mot ! Ce marché serait situé place de l'Amérique Latine, car il s'agit aussi de redynamiser l'ensemble de ce secteur. Un vrai marché de Noël fera revenir des visiteurs, à côté du Ruban Bleu, de Cinéville. La foire serait déplacée, et la rue devant le cinéma serait barrée durant 3 semaines pour créer une vraie continuité. Cela attirerait des visiteurs de l'extérieur, car il n'existe pas de grands marchés de Noël dans le secteur, à part à Nantes. J'ai travaillé 12 ans dans la restauration, je sais que la base du commerce, c'est que le monde attire le monde. Les tarifs devraient aussi rester accessibles pour les exposants, pour les faire revenir.
Vous lancez aussi l'idée de nouvelles lignes maritimes au départ de Saint-Nazaire
Pour les touristes, et pour les Nazairiens. L'idée est de pouvoir rejoindre Houat, Hoedic, Belle-île, Noirmoutiers et l'île d'Yeu, en partenariat avec un prestataire extérieur, durant la haute saison. Les visiteurs en profiteraient pour consommer dans la ville avant leur départ ou à leur arrivée. Cela fait partie de la vision du rayonnement de Saint-Nazaire que nous avons. Le Théâtre en est un autre exemple. Regardez la programmation, nous ne sommes pas capables de faire venir des têtes d'affiche à Saint-Nazaire ? Nous avons 15 sièges d'écart avec Atlantia, mais pas d'humoristes. Ils vont à La Baule, à Pornic, même parfois à Montoir-de-Bretagne, mais pas à Saint-Nazaire. Il faut pouvoir rire et sortir à Saint-Nazaire, avec une programmation plus élargie et accessible. Quand on voit l'état de la Soucoupe qu'on a laissé se délabrer, c'est vraiment dommage. Pour le coup je suis critique, rien n'a été fait en 6 ans.
Sur quels autres points êtes-vous critique ?
David Samzun a achevé beaucoup de projets que Joël Batteux avait mis en marche, comme le front de mer. Sa ligne de bus, maintenant elle est là, mais pour moi l'électrique, ce n'est pas écologique. Il y a la question de la consommation, de la nature des batteries, mais aussi de l'usure des pneus qui est plus importante que sur un véhicule classique en raison du poids des batteries, d'autant plus que les particules de ces pneus sont nocives. On ne va pas recasser le centre-ville, les Nazairiens ont besoin d'une pause, mais on peut aussi revoir le plan de circulation, pour éviter les bouchons qui se sont créés aux heures de pointe, avec pourquoi pas l'installation de feux intelligents, la révision des sens uniques. D'ailleurs le non-voiture en centre-ville, ce n'est pas possible si on veut aider les commerçants.
Comment souhaitez-vous encore les aider ?
Je veux mettre en place pour les commerçants une plate-forme numérique. Le maire RN Julien Sanchez l'a fait à l'époque à Beaucaire. Les commerçants peuvent y proposer leurs produits, cela facilite les achats en local, avec une petite réduction si l'on se rend physiquement dans le commerce. Il s'agit ainsi de ramener les Nazairiens dans des habitudes de consommation, et de jouer avec les mêmes armes qu'internet. Je souhaite aussi prolonger à 2h le parking gratuit dans le centre-ville, contre une demi-heure actuellement, et créer une zone bleue.
Sur le sujet de la culture ?
Je propose la création d'un musée sur le site de l'ancienne CCI, dans lequel la CCI et la Sonadev ont des parts, et avec qui on pourrait travailler. Sur ce point, je suis plutôt en accord avec l'association le Vieux Saint-Nazaire, et il y a plus de possibilités de stationnement que près de Maxi-Bazar. Autre point, j'ai été contacté par un membre de la CGT des recherches muséales, selon qui 14 000 pièces ont été transférées à Paris et ne sont plus à Saint-Nazaire, faute de pouvoir être convenablement conservées. Il n'y a eu aucune anticipation pour les stocker, ce n'est pas normal. Je pense que l'attractivité et la culture vont de paire. La culture doit être accessible à tout le monde, et il faut amener les jeunes à l'aimer. Pourquoi pas, en amenant quelques oeuvres dans les écoles, et en s'intéressant davantage au travail des artistes locaux. Je ne suis pas sectaire, je ne suis fermé à personne.
Vous avez aussi un programme pour les quartiers ?
Je veux créer des maisons de génération, à la place des maisons de quartier. Avec des jeunes s'engageant dans du bénévolat envers des anciens, par exemple en leur apprenant à se servir d'un ordinateur. En échange, ils bénéficieraient par exemple de réductions sur des tickets de cinéma, des petites récompenses en échange. Il s'agit d'engager les jeunes pour créer vraiment des liens entre les générations. On utiliserait le bâti existant, et cela referait vivre ces secteurs. Quand j'ai grandi à La Bouletterie, je me souviens encore des grandes fêtes de quartier, des concerts, avec des super ambiances. Et ça s'est perdu. Je veux aussi développer la citoyenneté des jeunes, avec un Conseil municipal des enfants qui disposerait d'un petit budget pour quelques idées.
Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la Ville où vous avez grandi ?
Nous avons la chance d'avoir une ville assez importante donnant sur la mer et la plage. J'en suis conscient, et c'est pour ça que je me bats pour cette Ville. L'image de Saint-Nazaire à l'extérieur commence à évoluer, mais il ne faudrait pas qu'elle devienne une ville dortoir. Certains restaurants fonctionnent très bien le midi, mais le soir c'est fini. J'aimerais créer un bus de la vie avec les commerçants, avec 2 ou 3 lignes qui tournent dans le centre entre les bars et restaurants, et des zones d'arrêt. Un bus de la vie pour permettre de profiter de la vie, et se retrouver dans Saint-Nazaire.
Y a-t-il pour vous un exemple de maire RN à suivre ?
Le maître mot c'est qu'il ne faut pas être sectaire. On n'est pas maire que pour ses électeurs, on est maire pour tout le monde. Si je suis élu, je saurai aussi m'adapter aux personnes qui travaillent depuis longtemps à la mairie, être ouvert et à leur écoute. Hénin-Beaumont est le meilleur exemple pour moi d'une ville bien gérée par le RN. Les impôts ont été baissés 8 fois sur la commune, la Ville s'est désendettée, et le maire Steeve Briois a été réélu haut la main. Je peux citer aussi Beaucaire. Ce sont des villes qui sont tombées en triangulaires ou quandrangulaires, où le RN est passé massivement, et repasse. Je suis un gamin de quartier, je connais les gens, je sais que des personnes qui votaient avant pour David Samzun voteront pour moi.

