À La Baule, Le Pouliguen et Pornichet, les Librairies de la Baie cherchent un repreneur
Onze ans après l'ouverture de sa première librairie avenue Lajarrige, Catherine Gaultier souhaite passer le relais à une personne qui fera vivre l'esprit des trois lieux devenus familiers aux lecteurs de la Presqu'île.
À La Baule, Le Pouliguen et Pornichet, les 3 librairies indépendantes de Catherine Gaultier sont comme 3 marque-pages dans l'histoire de sa vie. Elle raconte avoir toujours associé son goût de la mer avec celui de la lecture, et avoir trouvé, ici sur la Presqu’île, le décor idéal pour créer « une destination de balade et un lieu de flânerie. Ce que j'avais connu à Saint-Malo, quand j'étais enfant, lorsque j'allais dans la petite librairie près de chez mes grands-parents », raconte-t-elle. En 2015, après une reconversion professionnelle, Catherine Gaultier a ouvert la librairie Lajarrige à La Baule dans une partie des anciens locaux du Hall des Informations, face à l'océan. Trois ans plus tard, elle ouvrait une deuxième adresse au Pouliguen, avant de poursuivre son chemin vers Pornichet en décembre 2023. Dans ces trois librairies, on vient autant chercher un livre que prendre le temps d'échanger, au détour d'une balade sur la plage, main dans la main avec ses enfants ou petits-enfants. Aujourd'hui, Catherine Gaultier recherche un repreneur à qui transmettre cet ensemble qu'elle a patiemment développé.
Une histoire née entre les livres et la mer
« Je voulais ouvrir ma librairie pour mes 50 ans. J'ai ouvert quatre jours avant mes 51 ans » se souvient encore Catherine Gaultier en souriant. Avant de devenir libraire, elle a déjà eu plusieurs vies professionnelles. Après un bac scientifique, elle s'est tournée vers le droit puis une école de commerce, avant de travailler dans le développement touristique, ou encore le marketing et la communication pour la TPE familiale. Puis sa vie l'a conduite sur la Presqu'île, avec l'envie de retrouver une activité professionnelle qui lui appartienne pleinement. C'est à La Baule qu'elle découvre le Hall des Informations. Une immense librairie qui occupait alors tout un pâté de maisons à l'angle de l'avenue Lajarrige et du boulevard de l'Océan. « Je suis vraiment tombée amoureuse de ce lieu, qui me faisait un peu penser à un paquebot sans gouvernail », se souvient-elle. Elle approche les libraires avec l'idée de se former auprès d'elles, peut-être un jour de s'associer, voire de reprendre la librairie ? Elle essuie une fin de non-recevoir. Qu'à cela ne tienne. Catherine ne renonce pas, en se disant qu'elle trouvera un autre endroit pour son rêve. Elle suit une formation, et commence à préparer sa reconversion. Le décès soudain d'une des libraires du Hall des Informations en 2013 va précipiter les événements. Le lieu ferme ses portes. Et deux ans plus tard, Catherine ouvre la librairie Lajarrige sur une partie de ses anciens locaux. « Les livres et la mer, c'est ce que je préfère au monde » confie-t-elle.
Trois librairies, trois personnalités
La librairie de La Baule est le point de départ, le socle historique. Installée avenue Louis-Lajarrige, à quelques pas de la plage, elle conserve quelque chose de l'héritage du Hall des Informations, avec une place importante accordée à la littérature, aux sciences humaines et à la jeunesse. Mais très vite, Catherine a besoin de pousser les murs, notamment durant la saison de forte affluence. « Je n'ai pas trouvé de local pertinent dans la rue, donc j'ai eu cette idée de “déplier” la librairie pendant les périodes de forte activité » explique-t-elle. La libraire choisit Le Pouliguen, « parce que c'est charmant, et parce qu'il y avait une demande ». Une demande et un attachement qui deviennent tellement forts que la librairie reste finalement ouverte à l'année. « C'est une petite librairie de proximité généraliste, avec de la littérature, de la jeunesse, une mise en avant du régionalisme, et de la mer » décrit Catherine Gaultier. Puis, une nouvelle opportunité se présente à Pornichet, « j'ai alors décidé de reproduire la même chose, cette fois-ci vers la Loire. Cela a permis de développer le rayon jeunesse et BD qui demande davantage de place, et qui s'adresse à une clientèle plus familiale, ce qui est le cas à Pornichet » explique-t-elle. Trois lieux donc, mais pas trois copies d'un même modèle. Chacun possède son public, son rythme, son identité.
L'iceberg derrière les tables de livres
Pour Catherine Gaultier, être libraire ne consiste pas simplement à aimer les livres. Il faut aussi aimer ceux qui les achètent, les cherchent, les offrent ou viennent simplement en parler. « Il faut aimer parler de livres avec les gens qui aiment les livres » décrit-elle. Le métier repose sur une partie visible, celle que le lecteur découvre en entrant, mais aussi une autre, beaucoup plus vaste, qui concerne les commandes, la logistique, les choix éditoriaux, la gestion des stocks, la rotation des ouvrages, le suivi des fournisseurs. Il faut enfin une aptitude à conseiller, à nouer des relations suivies avec une clientèle. Il faut littéralement séduire et conquérir. « Les gens ont la possibilité d'acheter tous les livres qu'ils souhaitent depuis leur canapé. Donc s'ils font l'effort de venir chez nous, il faut que ce soit plus agréable que sur leur canapé » sourit-elle.
Transmettre un esprit, pas simplement céder une entreprise
Alors pourquoi passer le relais aujourd'hui ? Il y a le temps qui passe, mais aussi la gestion plus lourde de trois établissements, et d'autres projets qui commencent à se dessiner pour Catherine Gaultier. Elle cite avec lucidité le principe de Peter : « on est compétent jusqu'à son seuil d'incompétence. Je pense qu'il faut aujourd'hui du sang neuf, une nouvelle énergie » insiste-t-elle. Le profil recherché n'est donc pas celui d'un simple amoureux des livres. Catherine imagine plutôt une personne, ou un binôme, disposant d'une véritable expérience de gestion, de logistique, de management et de pilotage de projet, capable de faire évoluer l'organisation tout en préservant ce qui fait son âme. La centralisation des commandes et de la logistique entre les trois adresses fait notamment partie des pistes qu'elle souhaite voir étudiées pour renforcer leur pérennité. Aujourd'hui, sept salariés font vivre les trois librairies, avec jusqu'à dix personnes en période estivale. Un salarié serait d'ailleurs prêt à participer au projet en tant qu'associé minoritaire. Des solutions telles qu'un crédit-vendeur peuvent également être envisagées.
Rester une destination de balade
Mais l'essentiel reste ailleurs. Dans cette envie de choisir celui ou celle qui saura prolonger l'histoire sans l'effacer. « Je préfère choisir le repreneur idéal pour construire un projet dans une logique d'accompagnement, de facilitation et de transmission » indique-t-elle. Car lorsqu'elle parle de l'avenir, Catherine revient finalement à ce qui l'a poussée, il y a plus de dix ans, à franchir le pas pour devenir libraire professionnelle. La culture littéraire, dit-elle, se construit avec le temps, lecture après lecture. Elle observe d'ailleurs les différences de références entre les générations qui travaillent avec elle. Chacun arrive avec ses livres, ses auteurs, ses découvertes. Sur la Presqu'île, elle sait aussi qu'elle laissera derrière elle une clientèle de nombreux lecteurs, attachée aux livres mais aussi à ces lieux où l'on prend son temps. Et lorsqu'elle imagine les trois librairies continuer leur chemin, son image préférée reste celle d'une famille qui pousse la porte après la plage. « Moi, ce qui me fait plaisir, c'est de voir des gens arriver avec les chaussures pleines de sable, qui ont finalement élu la librairie comme leur destination de balade. Et c'est encore mieux quand ils sont à deux, voire à trois générations » ajoute-t-elle.
Les personnes intéressées sont invitées à une première prise de contact par écrit à l'adresse email suivante : cath-librairielajarrige@orange.fr.