Cet été à Saint-Nazaire, une guinguette artistique s’installe au bord de la Loire
L'ex programmateur des Escales Jérôme Gaboriau lance un projet de guinguette éphémère au Petit Maroc, mêlant artistes locaux, mécénat d’entreprises et nouvelles formes de financement de la culture.
À Saint-Nazaire, une guinguette éphémère s’apprête à voir le jour cet été sur le site du théâtre de verdure du Petit Maroc, là même où se déroule chaque année le festival Les Escales. Porté par Jérôme Gaboriau, ancien programmateur du festival, ce projet réunira une trentaine d’artistes locaux autour de sept rendez-vous festifs programmés entre juin et septembre. Spectacles, concerts, DJ sets et ateliers composeront une programmation plurielle, accessible en entrée libre avec participation volontaire. Cet événement constitue une première étape dans l’expérimentation d’un nouveau modèle de financement de la création, reposant sur le mécénat d’entreprises locales et l’implication directe des acteurs du territoire. Et si le territoire devenait lui-même producteur de sa culture ?
Un besoin de réinventer
À Saint-Nazaire, les projets ont bien souvent cette capacité à s’agréger, à avancer par touches successives, jusqu’à s’assembler comme les pièces d’un grand puzzle. Celui de la guinguette éphémère n’échappe pas à la règle. Après avoir quitté la programmation du festival Les Escales à l’été 2025, Jérôme Gaboriau n’a pas tourné le dos au monde artistique, bien au contraire. Il a lancé sa société By the Wave, une sorte de “boîte à outils” pour accompagner et connecter les artistes. Pendant plusieurs mois, il multiplie les rencontres avec des créateurs de toutes disciplines. Lors d’une intervention avec le réseau Estuaire Pro, qui rassemble 26 artisans et entrepreneurs locaux, il aborde la question du mécénat. Dans un contexte de baisse des subventions publiques, une idée est partagée et fait son chemin avec eux, celle que le financement de la création pourrait aussi venir directement du territoire, « pour nous auto-produire », résume Jérôme Gaboriau. Autour de lui, 27 artistes professionnels de disciplines variées répondent alors rapidement présents, et le collectif se met en place pour préparer la première étape de ce nouveau modèle : une guinguette éphémère en bord de Loire dès cet été.
Une guinguette en bord de Loire
Le projet prendra vie au théâtre de verdure du Petit Maroc, en bord d’estuaire. Dès cet été, l’espace sera transformé en une guinguette éphémère accueillant sept rendez-vous festifs répartis sur plusieurs week-ends, entre juin et septembre. « Nous avons reçu l'accord de principe de la mairie » confirme Jérôme Gaboriau. Le samedi, les festivités se dérouleront de 17h à minuit, le dimanche de 15h à 22h, avec une entrée libre et une participation laissée à l’appréciation du public. Le mot guinguette est finalement un peu réducteur, car le site sera organisé en plusieurs espaces complémentaires. Au pied des gradins, une scène dédiée au spectacle vivant. En arrière-plan, face à la Loire, un dancefloor à ciel ouvert. Sous les pins, des ateliers. Et à la pointe nord, un espace convivial mêlant bar et restauration. Chaque soirée proposera une programmation artistique plurielle (théâtre, danse, musique, cirque, arts plastiques) co-construite par les artistes eux-mêmes. L’ambiance, d’abord familiale en début d’après-midi, évoluera au fil des heures pour laisser place à des formats plus festifs, jusqu’à se conclure par un DJ set, souvent tourné vers les cultures d’ailleurs.
Un modèle économique à réinventer collectivement
Le projet repose aussi sur l'enjeu central de trouver un modèle économique viable pour rémunérer les artistes. Le budget global est estimé à 45 000 euros, dont environ la moitié est déjà sécurisée grâce à l’engagement d’entreprises locales via le réseau Estuaire Pro. L’objectif est désormais de finaliser ce financement dans les prochaines semaines, quitte à adapter le nombre de rendez-vous si nécessaire. Les organisateurs comptent pour cela sur l'arrivée de nouveaux mécènes, des apports en services, auxquels s'ajouteront les recettes générées par le bar et la restauration, ainsi que la participation libre du public. À cela s’ajoute l’implication des membres du réseau Estuaire Pro, qui pourront prêter main forte en tant que bénévoles sur certaines missions, notamment l’accueil ou la tenue du bar. Jérôme Gaboriau insiste sur un point essentiel, le coeur du projet. « Cela ne peut avoir lieu que si chaque artiste est payé, tout comme l'organisateur » indique-t-il. Une exigence tout à fait logique dans la volonté de proposer une alternative crédible quand les financements publics se raréfient. « Depuis 2 ans, dans ce contexte tendu, on constate une tendance du repli sur soi. Il est urgent de se retrouver, et cela passe par de telles initiatives. C'est une émulation positive, qui va nous permettre aussi de rencontrer des entrepreneurs. Car nous artistes, avons nous aussi ce côté entrepreneur en nous » témoigne Stéphanie Zanlorenzi, de la Compagnie Nina La Gaine.
Un projet à inscrire dans la durée
Après cette première expérimentation estivale, le projet porté par By the Wave se veut déjà évolutif. L’ambition est de prolonger cette dynamique en développant des liens durables entre artistes et entreprises du territoire. Deux niveaux d’engagement sont ainsi proposés aux mécènes : soutenir la guinguette dans son ensemble, ou accompagner directement un artiste, un groupe ou une compagnie. Dans ce second cas, les artistes peuvent intervenir au sein des entreprises, proposer des ateliers, des performances ou des temps de création partagés avec les salariés. À cela s’ajoutent des avantages pour les entreprises, comme une défiscalisation à hauteur de 60 % des dons, ainsi qu’une visibilité sur les supports de communication du projet. En filigrane, c’est une autre façon de penser le financement de la culture qui se dessine. Plus locale, plus collaborative, et potentiellement plus résiliente. Une première étape, donc, mais déjà un terrain d’expérimentation pour imaginer ce que pourrait être, demain, une économie artistique portée par les propres acteurs de son territoire.
Pour devenir mécène, contacter Jérôme Gaboriau à l'adresse email : jeromefromouestcoast@gmail.com.