À Saint-Nazaire, ces “boucliers géants” qui vont sauver Fort Boyard
À l’abri des vents, au fond de la forme de radoub n°1 du port de Saint-Nazaire, deux monstres de béton prennent forme, destinés à protéger Fort Boyard des assauts de l’Atlantique.
Depuis l’été 2025, le mythique Fort Boyard fait l’objet d’un vaste chantier de sauvegarde lancé par le Département de la Charente-Maritime. Il y a urgence à reconstruire ses ouvrages de protection disparus (éperon et havre d'accostage), sans lesquels le fort, déjà très fragilisé, finirait par céder sous la force de la houle. Particularité de ce chantier hors norme, celles-ci sont préfabriquées à sec, à Saint-Nazaire. Au cœur de la forme en radoub n°1, dans un décor de métal et de grues, l’entreprise ETPO et ses partenaires reconstruisent les “boucliers” de Fort Boyard, avant qu’ils ne soient mis en flottaison, remorqués et échoués au droit du fort.
Une cale sèche pour Fort Boyard
Pour ce chantier, il fallait un port capable de proposer une cale sèche suffisamment longue, profonde et équipée. Le port de Saint-Nazaire, était le seul de la façade atlantique à cocher toutes les cases, avec la forme de radoub n°1 de 200 mètres de long, protégée des vents dominants. Au fond, une enfilade d'armatures dessine déjà les contours de deux ouvrages distincts. A l’avant, l’éperon brise-lames qui viendra casser la houle côté nord, là où le fort est le plus exposé. A l’arrière, le havre d’accostage qui protégera la face sud et sécurisera les abords. Depuis octobre, les équipes d’ETPO, mandataire du groupement (avec Architecture Patrimoine et BRL Ingénierie), enchaînent les opérations sous le ballet coordonné de deux grues. Une grue sur rails mise à disposition par Nantes Saint-Nazaire Port pour les levages les plus lourds, complétée par une grue à tour dédiée au chantier.
Reconstruire “à l’identique” les défenses disparues
Si la scène se joue à Saint-Nazaire, c’est bien la silhouette de Fort Boyard qui hante les esprits. Depuis des décennies, ce symbole de la Charente-Maritime subit de plein fouet la houle et les embruns. La mer attaque aujourd'hui directement la maçonnerie, creuse le pied du fort, fragilise les joints et menace les accès. Le projet actuel consiste à reconstruire les ouvrages de protection à l’identique du design historique, mais avec les moyens de 2025. L’éperon sera rétabli au nord pour détourner l’attaque directe de la houle, tandis que le havre d’accostage sera reconstruit au sud afin de limiter l’érosion liée aux courants. Les blocs fabriqués à Saint-Nazaire seront ensuite posés sur des “lits de pose” préparés cet été autour du fort, comme on assemblerait un gigantesque puzzle en mer. Les structures monteront jusqu’à 10 mètres de hauteur et engloutiront 4 500 tonnes de béton chacune. La construction devrait s'achever à l'été 2026. Dès le printemps, la mise en flottaison débutera, ainsi que la préparation du remorquage, avant d'être positionnés au Fort Boyard dans des fenêtres météo très serrées.
Un chantier à 44 millions d’euros pour sauver un monument
Au total, le Département de la Charente-Maritime a voté un programme de 44 millions d’euros TTC pour mener à bien ce projet de protection et de restauration, avec des demandes de cofinancement auprès de l’État, de la Région Nouvelle-Aquitaine et de l’Europe. Une campagne de dons a également été lancée en partenariat avec la Fondation du patrimoine, afin d’associer le grand public au sauvetage de ce monument star, connu dans le monde entier grâce à l’émission télé. Une fois les ouvrages de protection en place et les travaux de restauration achevés, Fort Boyard doit ouvrir au grand public à partir de 2028, chaque année du début août à la fin octobre.
