Nantes Saint-Nazaire Port et Pennavel formalisent leur partenariat autour de la plateforme Éole
La signature d'un accord de principe au salon Seanergy marque une étape décisive dans le positionnement du port ligérien comme hub d'assemblage de référence pour les futurs parcs éoliens flottants de la façade atlantique.
Ce 19 mai 2026, en marge du salon Seanergy à Nantes, Jean-Rémy Villageois, président du Directoire de Nantes Saint-Nazaire Port, Jérôme Hilt, directeur du projet Pennavel, et Christophe Perrin, directeur technique, ont signé un accord de principe officialisant leur volonté de travailler conjointement à l'utilisation des infrastructures portuaires ligériennes dans le cadre du projet éolien flottant Pennavel. Cet accord s'inscrit dans une relation engagée depuis fin 2021, et vient concrétiser une convergence d'intérêts stratégiques entre le premier lauréat d'un appel d'offres éolien flottant commercial en France, et le port qui entend se positionner comme la colonne vertébrale industrielle de cette filière sur l'Atlantique. Il s'agit aussi, pour le port de Nantes Saint-Nazaire, d'adresser le signal fort que la plateforme Éole entre dans une phase opérationnelle.
Pennavel, premier parc éolien flottant commercial français
Sélectionné en mai 2024 par l'État dans le cadre de l'appel d'offres AO5, Pennavel est le premier projet de parc éolien flottant commercial au monde à bénéficier d'un contrat de complément de rémunération. Formé par Elicio France, producteur international d'énergie éolienne, BayWa r.e. France, développeur d'énergies renouvelables, et Q ENERGY, acteur européen des énergies vertes, le consortium développe un parc au large de Groix et Belle-Île, d'une puissance de 250 à 270 MW, avec une mise en service prévue pour 2031 et un investissement estimé entre 800 millions et 1 milliard d'euros. Le tarif d'achat retenu s'établit à 86,45 €/MWh, sélectionné sur recommandation de la Commission de régulation de l'énergie. À terme, le parc devrait alimenter en électricité verte l'équivalent de plus de 450 000 habitants et générer environ 30 % de la production actuelle d'énergie renouvelable en Bretagne. Sur le plan industriel, la phase de construction devrait générer environ 4,5 millions d'heures de travail, et plus de 30 emplois permanents seront créés pour la phase d'exploitation et de maintenance. Techniquement, le parc prévoit treize éoliennes.
Éole, une infrastructure XXL pensée pour l'assemblage du flottant
La plateforme Éole est le projet autour duquel s'articule le partenariat signé ce jour. Située à Saint-Nazaire, sur le site industrialo-portuaire qui a vu naître le parc éolien de Saint-Nazaire, elle sera principalement composée d'un quai de 530 mètres, de dispositifs de stockage des composants à terre et sur le plan d'eau. Sa vocation première est l'assemblage et le stockage des éoliennes destinées aux futurs parcs de la façade atlantique, aussi bien posées que flottantes. Concrètement, le dispositif permettra d'accueillir en simultané deux éoliennes flottantes entièrement assemblées, selon un processus en chaîne : les flotteurs nus stationnent sur des zones de stockage à l'eau, pendant que les composants (pales, mâts, nacelles) sont acheminés sur la plateforme. Une grue installée sur une zone de quai, intègre ensuite les composants au flotteur, qui sera remorqué vers sa zone d'implantation en mer. Le futur quai pourra supporter des colis très lourds, avec une capacité de 15 à 30 tonnes par mètre carré, et la grue sera capable de lever des charges de 1 100 à 1 400 tonnes. Le coût de l'opération est évalué au bas mot à 235 millions d'euros, une estimation susceptible d'être revue à la hausse selon la configuration finale retenue, et ne tenant pas compte de l'acquisition de la grue. Le lancement des travaux est visé début 2027, et la mise en service en 2032.
Saint-Nazaire, port de référence de la transition énergétique atlantique
Nantes Saint-Nazaire Port a accompagné, depuis 2012, chaque étape du déploiement de l'éolien en mer français. Il a contribué au déploiement du premier parc éolien en mer français au large de Saint-Nazaire, puis au parc de Yeu-Noirmoutier. Le port dispose déjà d'un hub éolien aménagé sur une quinzaine d'hectares entre la forme Joubert et les Chantiers de l'Atlantique, avec un quai renforcé capable de recevoir des colis lourds. Éole représente la prochaine génération de ces infrastructures, calibrées pour les turbines de 20 MW et plus qui équiperont les parcs flottants. Le port revendique également un avantage géographique décisif : l'absence de contraintes aéronautiques majeures, les premières études menées avec l'exploitant de l'aéroport de Saint-Nazaire et la DGAC ayant livré des résultats encourageants quant à la compatibilité du projet avec la navigation aérienne. Enfin, la complémentarité avec les ports voisins (La Rochelle pour la construction des flotteurs, Lorient pour la maintenance) dessine une organisation de filière cohérente.
Des besoins portuaires croissants
Le contexte dans lequel s'inscrit cet accord ne peut être dissocié de la dynamique nationale et européenne de l'éolien flottant. La France s'est fixé l'objectif de mettre en service environ 50 parcs éoliens en mer d'ici 2050, pour une puissance cumulée de 45 GW, dont 18 GW dès 2035. En avril 2026, la Direction générale de l'énergie et du climat a publié le projet de cahier des charges de l'appel d'offres n°10, portant sur onze projets répartis sur les façades de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée, pour une puissance totale d'environ 10 000 MW. Pour la seule Bretagne, le projet Bretagne Sud 2, situé au large de Belle-Île dans la continuité immédiate de Pennavel, porte sur une puissance comprise entre 400 et 550 MW. Cette montée en puissance rapide et continue de la filière implique des besoins portuaires considérables en termes de logistique, d'assemblage et de stockage. Des besoins que la plateforme Éole entend précisément satisfaire, bien au-delà du seul projet Pennavel. En dehors de l'éolien, la plateforme pourra être mutualisée selon le calendrier et les échéances des autres industriels de la place portuaire, conférant à l'investissement une logique de rentabilité structurelle qui dépasse le cadre d'un seul projet. Pour Jean-Rémy Villageois, « la signature de ce partenariat projette l'infrastructure Éole dans une phase opérationnelle et confirme son attractivité pour les acteurs de la filière de l'éolien flottant. Nantes Saint-Nazaire Port est résolument engagé dans la préparation de cette plateforme industrialo-portuaire dédiée à l'assemblage des éoliennes en mer de demain, afin d'être au rendez-vous du déploiement des futurs parcs sur la façade atlantique française. »