Saint-Nazaire : malgré le blocage, les volontaires d’ADOCK veulent encore croire au projet
Le conseil d’administration du 21 septembre qui devait permettre le conventionnement de l’Entreprise à But d’Emploi ADOCK a été ajourné. Devant les futurs locaux, volontaires, élus et partenaires en colère se sont mobilisés.
Il y a encore quelques mois, le projet Territoire zéro chômeur de longue durée de Saint-Nazaire était dans l'incertitude. Après l’habilitation du territoire par décret en février 2026, le projet restait en effet suspendu à la confirmation de son financement. En avril, les porteurs du projet se préparaient même à se mettre en retrait, avant que le Fonds d’expérimentation et le ministère ne valident finalement la poursuite du travail engagé depuis cinq ans. Les volontaires ont alors été remobilisés, des locaux trouvés boulevard Paul-Leferme, une directrice recrutée, avec 16 premiers CDI prévus pour le 1er octobre. Mais, une semaine avant le conseil d’administration qui devait permettre le conventionnement ce lundi 21 septembre, celui-ci a été ajourné. Volontaires, élus et partenaires se sont mobilisés à cette même date devant les futurs locaux, pour ne pas laisser cinq années de travail et d’espoir s'arrêter.
« Nous étions prêts à démarrer le 1er octobre »
C’est devant les futurs locaux d’ADOCK, au 3 boulevard Paul-Leferme, que la mobilisation avait été organisée ce lundi midi. Les volontaires étaient présents sur place, accompagnés de représentants de Saint-Nazaire Agglomération, du Département, de parlementaires et de partenaires du projet. Florence Mauduit, présidente d’ADOCK, est revenue sur les dernières semaines éprouvantes. « En avril, le budget n'étant pas confirmé, nous étions prêts à nous mettre en position de repli », rappelle-t-elle. Puis le feu vert est arrivé, un budget prévisionnel a été établi et les activités préparées. « On était prêts à démarrer le 1er octobre », ajoute-t-elle. Et puis, une semaine avant le conseil d’administration, celui-ci a été ajourné en invoquant notamment la raison de l’absence de vote du budget 2027. Pour Florence Mauduit, l'incompréhension est totale. « Le courrier reçu était d'une violence inouïe, tant sur le fond que sur la forme, et d'une injustice inacceptable » s'emporte-t-elle. D’autant que, selon elle, l’incertitude budgétaire existait déjà en avril, lorsque le projet avait reçu le feu vert pour repartir. La question est désormais celle du calendrier. « Ajourné jusqu’à quand ? Nous n’avons pas de réponse » déclare la Présidente.
« Nous ne sommes pas des chiffres dans un budget »
Il y a le dossier administratif et budgétaire, mais il y a surtout des personnes qui attendent depuis plusieurs années de pouvoir reprendre un emploi. Un volontaire a lu un message au nom de l’ensemble du groupe, « pour que Territoire zéro chômeur ne devienne pas territoire zéro espoir », en expliquant comment ils ont consacré cinq années de leur vie au projet, par des réunions, ateliers, actions, formations et même du travail bénévole. « Nous avons fait 5 années d'effort pour sortir de notre situation, nous ne voulons pas qu'on nous y renvoie » déclare leur porte-parole. Car pour certains, le retour vers l’emploi n’a rien d’évident. Handicap, maladie, longue interruption professionnelle, ou parfois simplement l'âge… Autant de situations qui ont rendu plus difficile pour eux l’accès au marché du travail classique. « Nous ne refusons pas de travailler, mais nous savons ce que cela signifie de chercher un emploi, et de voir les portes se fermer » décrivent les volontaires. Le projet ADOCK leur avait permis de retrouver une perspective, et la nouvelle décision fait planer le risque de repartir en arrière. « Ceux qui sortaient la tête de l’eau risquent d’y replonger (…) Nous ne sommes pas des chiffres dans un budget, nous ne sommes pas des variables d’ajustement, nous sommes des femmes et des hommes, nous sommes des travailleurs, nous sommes des citoyens, et nous avons droit au respect » continuent-ils. La colère était palpable, mais pas la résignation. Tous ceux présents ce lundi souhaitent maintenir la pression.
« Il ne faut pas raisonner qu'en termes de coût »
Du côté des partenaires publics, le sentiment est similaire. Béatrice Priou, vice-présidente de Saint-Nazaire Agglomération chargée de l’emploi, de l’insertion et de l’innovation sociale et présidente du Comité local pour l’emploi de Méan-Penhoët-Herbins, a elle aussi rappelé vouloir continuer à se battre pour ADOCK. Même détermination du côté du Département de Loire-Atlantique. Jean-Luc Séchet, qui représentait la collectivité lors de la mobilisation, a dénoncé « une forme de violence extrême ». Il a également rappelé que le Département accompagne plusieurs territoires zéro chômeur et notamment Pont-Château, où l’EBE ESPACEA fonctionne désormais avec plus de 60 salariés, « ça marche, ça fonctionne » assure-t-il, en insistant également sur la nécessité de ne pas regarder le dispositif uniquement à travers son coût financier, mais aussi à travers ses bénéfices sociaux et territoriaux. Le député de Loire-Atlantique Matthias Tavel était également présent. « On s'est battus, on s'est mobilisés, on a eu le ministre du Travail, Monsieur Farandou, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, qui a dit le 27 janvier : Saint-Nazaire ouvrira dès cette année », rappelle-t-il. Pour le député, le nouvel argument budgétaire est donc difficilement acceptable après tous les engagements pris. « On ne traite pas les gens de la façon dont ils sont traités actuellement », fustige-t-il.
Maintenir la pression dans les semaines à venir
Combien de temps ADOCK peut-elle encore tenir sans conventionnement ? Florence Mauduit estime que l’association peut encore patienter quelques semaines, notamment grâce à la mobilisation de ses partenaires et au travail déjà engagé. Mais la situation ne pourra pas se prolonger indéfiniment. « Avec le loyer, les salaires », explique-t-elle, la décision devra être prise rapidement. Les premiers CDI devaient débuter le 1er octobre et les clés des futurs locaux devaient également être remises à cette date. Chaque semaine qui passe représente donc des dépenses engagées sans que l’activité puisse réellement démarrer. Pour la présidente d’ADOCK, la mobilisation de ce 21 septembre est justement essentielle pour obtenir rapidement une nouvelle échéance pour une équipe déjà prête à travailler. « Nous invitons le ministre à venir nous rencontrer, nous écouter et surtout, nous l'invitons à revenir sur sa décision » lance-t-elle.