Airbus Atlantic Saint-Nazaire : « Tous les profils comptent dans l’industrie » assure Florence Olivier
Parcours, convictions, attractivité des métiers... La directrice du site revient sur son attachement à l’usine, un univers qu’elle défend avec passion, et qui recrute massivement.
Florence Olivier dirige depuis fin 2023 le site Airbus Atlantic de Saint-Nazaire. Un univers industriel exigeant, à la pointe de la technologie, et situé au cœur du territoire nazairien. Née à Saint-Nazaire, Florence Olivier a reçu cette année la Médaille de la Ville. « Un honneur », confie-t-elle, et une responsabilité, « celle de porter haut les couleurs d’une ville à laquelle elle reste profondément attachée ». Une ville qu’elle continue de traverser chaque jour, de la zone aéroportuaire aux ateliers, avec le même regard curieux et enthousiaste. Car plus qu’un parcours personnel, c’est bien l’industrie qu’elle souhaite mettre en lumière. « Je préfère parler d’Airbus et de mon métier que de moi-même », confie-t-elle. Et à l’écouter, difficile de ne pas être emporté par son énergie. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, sur ce qui l’a menée jusqu’à ce poste, mais surtout sur ce qui la fait vibrer au quotidien dans le monde industriel : l’usine, les équipes, la diversité des métiers… et les opportunités qu’offre aujourd’hui un secteur en pleine dynamique, et toujours en quête de talents.
Quel regard portez-vous sur la ville où vous avez grandi ?
J’ai un regard très bienveillant sur Saint-Nazaire, une ville où j’ai vécu une enfance que je qualifierais d’idyllique. Dans les années 70-80, elle offrait de nombreux dispositifs et il était bon d'y grandir. J’en garde l’image d’une ville profondément marquée par le courage et la solidarité, des valeurs héritées de l’élan collectif qui a permis sa reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Depuis, Saint-Nazaire n’a cessé d’évoluer, de se développer, de se moderniser, et a su s’adapter aux nouveaux enjeux sociétaux et industriels, tout en restant fidèle à son identité.
Enfant ou adolescente, aviez-vous déjà conscience de l’importance de l’industrie à Saint-Nazaire ?
Pas forcément. Je ne viens pas d’un milieu familial où l’on travaillait particulièrement dans l’industrie, donc je n’avais pas vraiment conscience de ce que représentait la vie industrielle. En revanche, elle faisait partie de mon quotidien. J’habitais en plein cœur de la ville, et il était impossible d’y échapper : la zone aéroportuaire, les départs de bateaux… tout cela faisait partie du paysage. Mon père travaillait au service maritime et de navigation, et j’allais régulièrement le retrouver dans son bureau, derrière la base sous-marine. Il faisait souvent le tour des ouvrages portuaires, et ces moments restent très ancrés en moi. J’étais alors davantage tournée vers le monde maritime… et pourtant aujourd’hui, je travaille dans l’aéronautique !
Est-ce que ça compte d'avoir des parents qui travaillent dans le milieu industriel ?
C’est difficile de généraliser, car tout dépend de la manière dont les choses sont vécues au sein de la famille. Mais cela peut effectivement aider à mieux comprendre le monde industriel, et en particulier celui des usines. Cela offre une forme de clé de lecture. De mon côté, je ne l’avais pas du tout. Mon point de départ, c’était plutôt les sciences. Puis j’ai rapidement compris que j’avais besoin de concret, de produire, de livrer quelque chose de tangible, ce qui m’a naturellement orientée vers les matériaux. Dans le domaine des sciences, des technologies et de l’ingénierie, c’est dans les usines que l’on crée cette valeur concrète. Aujourd’hui, je ne me verrais pas travailler dans un environnement éloigné de l’outil de production, comme un cabinet de conseil par exemple. J’ai cette conviction qu’il faut d’abord produire et créer de la valeur avant de conseiller. Mais c’est sans doute l’ingénieure, avec son parcours, qui s’exprime ici.
Ce sont donc vos études qui vous ont donné le déclic ?
Après ma classe préparatoire, j’ai intégré l’école d’ingénieurs Polytech Nantes. J’y ai effectué un premier stage ouvrier de fin de première année chez Airbus Atlantic, à Montoir, mais ce n’est pas encore à ce moment-là que le déclic s’est produit. Il est venu lors de mon deuxième stage, chez Framatome. J’y ai découvert que j’aimais profondément le terrain et le contact avec les équipes. Dans une usine, on croise une grande diversité de profils, et cette richesse humaine m’a tout de suite plu. J’ai aussi réalisé que j’avais besoin de concret : agir, mesurer, observer rapidement les effets d’une décision, qu’ils soient positifs ou négatifs. C’est quelque chose de très stimulant pour moi, d’autant que les cycles sont relativement courts. À l’inverse, j’ai compris que le travail en laboratoire de recherche ne me correspondait pas. En troisième année, mon choix était donc clair : je me suis orientée vers les matériaux, avec une spécialisation en soudage, qui est l’option la plus industrielle. Les ingénieurs soudeurs sont d’ailleurs très recherchés et s’intègrent rapidement dans les grands groupes industriels.
PUBLICITÉ LOCALEC'était un univers encore très masculin ?
Oui, clairement. Nous n’étions que deux filles en classe préparatoire, et seulement trois en option matériaux. Pour autant, je n’ai jamais rencontré d’obstacles particuliers, ni ressenti le besoin de m’identifier à un modèle féminin, qu’il soit dirigeant ou issu du monde industriel. Mes rôles modèles ont plutôt été masculins, sans que cela ne pose question. Je ne me suis jamais définie ou positionnée à travers mon genre dans mon parcours professionnel. Que ce soit vis-à-vis de mes responsables hiérarchiques ou des personnes qui m’inspiraient, la question du genre ne s’est tout simplement pas posée. Et cela a été vrai pendant très longtemps.
Que représente au quotidien, la direction d’un site comme Airbus Atlantic à Saint-Nazaire ?
Il faut aimer le contact et ressentir un vrai besoin d’échanger avec les équipes. Être volontaire, parfois un peu tenace, tout en restant à l’écoute. Ce qui fait la différence, je pense, c’est cette capacité assez naturelle à impulser une dynamique, à prendre en charge, organiser et structurer. Pour autant, le doute fait partie du quotidien. Non pas sur la direction à prendre, mais sur la manière d’y parvenir. On ne peut pas toujours l’exprimer, mais ce questionnement est aussi un moteur. Il oblige à rester attentif, à capter les micro-signaux autour de soi. Il faut aussi beaucoup d’optimisme, car les imprévus sont constants. Dans les moments de crise, on se mobilise, on agit, et on apprend. Cela demande de la résilience, pour ne pas s’arrêter au premier obstacle. À un moment, le rationnel prend le dessus, une forme de conviction s’installe… et on avance. Nous sommes plus de 1 000 personnes sur le site, avec une très grande diversité de métiers. Côté compagnons, on retrouve des soudeurs, des chaudronniers, des ajusteurs, des peintres… soit déjà plusieurs grandes familles de savoir-faire. À cela s’ajoutent les fonctions dites « white collars », avec des équipes en communication, qualité, technique, ressources humaines, supply chain ou encore en recherche. Au total, cela représente plus d’une trentaine de métiers différents, qui cohabitent et travaillent ensemble au quotidien.
Qu'est ce qui vous plait dans une grande entreprise comme Airbus Atlantic ?
Airbus est une très grande entreprise, avec une véritable culture de l’évolution interne, et c’est assez remarquable. À titre personnel, je suis arrivée comme ingénieure soudeuse, et l’on m’a rapidement confié un poste de manager de production. Deux ans plus tard, je devenais responsable qualité, puis responsable technique, avant de revenir en production. Les évolutions sont rapides, avec de nouveaux postes tous les deux à deux ans et demi environ. Je fais partie de ces profils qui ont occupé de nombreuses fonctions différentes. On n’est pas enfermé dans sa spécialité d’origine : au contraire, on a la possibilité d’apprendre, de découvrir d’autres métiers, et c’est une vraie richesse. Avec des sites à Toulouse, véritable centre névralgique, mais aussi à Hambourg ou en Angleterre, les opportunités de mobilité sont nombreuses. On évolue dans un groupe international tout en pouvant rester ancré localement. Travailler avec des collègues de toutes nationalités, c’est une expérience particulièrement stimulante.
Quels sont les profils recherchés dans l’industrie ?
Aujourd’hui, je pense que tous les profils ont leur place dans l’industrie, tant les fonctions y sont variées. Du juriste aux ressources humaines, en passant par la communication ou les métiers d’ingénierie, chacun peut y trouver sa voie. Une usine fonctionne comme un véritable écosystème, qui repose sur une grande diversité de métiers et de personnalités, et c’est sans doute un aspect encore trop peu mis en avant. Pendant longtemps, les métiers manuels ont été mal considérés, et surtout insuffisamment valorisés ou présentés dans les parcours éducatifs. L’apprentissage représente, selon moi, une voie royale, à condition d’être bien accompagnée dans les filières qui la proposent. La particularité du site de Saint-Nazaire, par rapport à d’autres sites d’assemblage, c’est que nous sommes sur des métiers de transformation de la matière. Nous fabriquons des pièces complexes, ce qui implique des compétences spécifiques : soudeurs, opérateurs en commande numérique, chaudronniers… Et nous avons désormais trouvé un bon équilibre dans nos recrutements. Nous accueillons à la fois des jeunes fraîchement diplômés, des profils expérimentés, mais aussi des personnes en reconversion. Ces dernières apportent un regard différent. Bien sûr, elles doivent parfois acquérir certaines bases techniques, comme la lecture de plans, mais elles arrivent avec une expérience professionnelle riche. Certains étaient boulangers, commerciaux, fleuristes ou coiffeurs. Cette diversité de parcours est une vraie force. Elle enrichit les équipes, apporte du recul et contribue à un équilibre global très intéressant.
Airbus Atlantic a aussi rejoint l'association Elles Bougent, qui promeut le métier d'ingénieur auprès des jeunes filles ?
Nous sommes en effet très engagés auprès des jeunes filles. Sur le territoire de Loire-Atlantique, une responsable est particulièrement active au sein de l’association, et nous avons également des marraines dans l’usine. Nous organisons régulièrement des événements et des visites de site, au cours desquelles les jeunes peuvent échanger directement avec ces marraines. Ces visites sont particulièrement pertinentes dès le collège, au moment où se jouent les premiers choix d’orientation scientifique ou technique. Au lycée, c’est souvent déjà trop tard. Nous leur faisons découvrir nos métiers, mais surtout, elles peuvent échanger avec des femmes qui travaillent en atelier, ce qui est essentiel. Beaucoup reconnaissent qu’elles n’imaginaient pas du tout l’usine de cette façon. Pour certaines, une seule visite ne suffit pas. Il serait même intéressant d’impliquer davantage les parents, car ce sont aussi eux qu’il faut rassurer. L’univers industriel peut encore susciter des craintes ou des idées reçues, notamment lorsqu’il s’agit d’orienter leur enfant — et plus encore une jeune fille — vers un métier technique ou manuel. Le système éducatif reste encore très orienté vers des parcours académiques classiques. Il est donc important de montrer que l’usine est aujourd’hui un environnement moderne, sain et accessible. Les métiers ont évolué. Ils demandent beaucoup moins de force physique qu’auparavant, grâce aux équipements et aux technologies. On compte par exemple des chaudronnières, et sur certains postes comme la commande numérique, il n’y a quasiment pas d’activité physique. Pourtant, dans l’imaginaire collectif, l’industrie reste parfois associée à un univers dur, masculin ou peu valorisant, ce qui ne correspond pas à la réalité. C’est aussi pour cela que, depuis deux ans, nous ouvrons largement les portes de l’usine au public.
Le tourisme industriel participe à vous donner une autre image ?
Oui, clairement. Le site Airbus de Montoir propose des visites depuis de nombreuses années, et nous avons, de notre côté, lancé les nôtres l’an dernier avec Manatour. Nous finalisons aussi actuellement les derniers tests avec Saint-Nazaire Renversante, et les visites débuteront pendant les vacances de Pâques. Ouvrir les portes de l’usine était une volonté forte. Nous constatons que le public apprécie beaucoup de pouvoir découvrir à la fois les sites de Saint-Nazaire et de Montoir-de-Bretagne. En interne aussi, cette initiative de tourisme industriel est très bien accueillie. Il y a une vraie fierté industrielle, qui s’exprime à travers les retours que nous recevons, que ce soit après les visites ou à la suite d’articles.
Comment voyez-vous évoluer l'aéronautique dans les prochaines années ?
L’intégration de l’intelligence artificielle dans nos process et nos outils est désormais pleinement inscrite dans nos stratégies. C’est une évolution majeure, comparable à l’arrivée de l’ordinateur personnel à son époque. Dès lors qu’elle nous permet de simplifier certaines tâches administratives, elle nous libère du temps pour être davantage présents sur le terrain, au plus près des équipes. C’est clairement une valeur ajoutée. L’automatisation, de son côté, est un sujet plus ancien, mais qui continue d’évoluer. Aujourd’hui, nous travaillons davantage sur les cobots, c’est-à-dire sur la collaboration entre l’homme et la machine. L’objectif est d’accompagner les opérateurs sur des tâches de pose, souvent répétitives ou contraignantes, afin de limiter la pénibilité et prévenir les troubles musculosquelettiques. Nous sommes également fortement engagés dans des projets de décarbonation. Cela passe notamment par la réduction des émissions de composés organiques volatils, mais aussi par une meilleure gestion des ressources. À Saint-Nazaire, par exemple, nous travaillons sur le raccordement des sites de Montoir et de Saint-Nazaire à un réseau de chaleur, ce qui nécessite des investissements importants pour adapter nos installations. Un autre enjeu majeur concerne l’énergie. Le traitement de surface, très consommateur, implique notamment de chauffer des bains. Nous sommes en train de faire évoluer ces installations vers des systèmes alimentés par pompe à chaleur. L’ensemble de ces projets nous permet d’avancer concrètement vers nos objectifs de décarbonation.
Qu'est ce qui vous émeut encore le plus en arrivant le matin ?
Il y a d’abord ce moment très simple de passer la barrière. Voir l’usine au petit matin, s’installer, se demander ce que la journée va réserver… Il y a toujours une petite émotion. Puis, dès que je retrouve mon équipe, que je croise les collaborateurs, la dynamique collective prend le relais. Je sais que, quels que soient les aléas de la journée, on avancera ensemble. Travailler dans l’industrie, et chez Airbus en particulier, est une aventure passionnante. C’est à la fois une aventure industrielle, européenne, mondiale, et bien sûr très technique. Mais ce qui reste, au fond, c’est l’aventure humaine. La complexité de la construction d’un avion est fascinante. Elle implique une diversité incroyable de métiers, de profils et de personnalités, ce qui fait qu’on ne s’ennuie jamais. J’ai toujours cet effet « waouh » en arrivant le matin. L’usine, telle que je la vis, est à la fois un lieu de production, de collaboration et de vie, sans doute l’un des endroits où la diversité humaine est la plus riche.
Les recruteurs d'Airbus seront présents au prochain job dating du match de l'emploi et de la jeunesse, le samedi 21 mars 2026 à partir de 18h à la salle Coubertin à Saint-Nazaire • Plus de renseignements.