Saint-Nazaire : à deux pas des géants des mers, le chantier du Belem offre un spectacle de voltige
Amarré à Saint-Nazaire depuis le mois de septembre, le trois-mâts Belem entame une restauration majeure en ce mois d'octobre.
Le chantier du Belem attire déjà tous les regards dans le port de Saint-Nazaire. Et depuis quelques jours, les silhouettes des marins se détachent tout en haut des trois mâts du voilier. À plusieurs mètres au-dessus du quai, ils démontent, contrôlent et préparent les différents éléments du gréement. Un véritable spectacle d’équilibriste, assez inhabituel à Saint-Nazaire, où l'on est davantage habitué aux gigantesques paquebots en construction qu’aux hommes perchés dans la mâture d’un voilier du XIXe siècle. Car le Belem est désormais au cœur d’un chantier particulièrement important pour son avenir. Construit en 1896 par les chantiers Dubigeon à Nantes et classé Monument historique depuis 1984, le trois-mâts fête cette année ses 130 ans. Sa coque en acier, qui porte les traces de ses 130 années de navigation, doit faire l’objet d’une restauration majeure au cours de l’hiver 2026-2027.
Un trois-mâts progressivement dépouillé
Avant de pouvoir intervenir sur les structures du navire, une première étape est indispensable : elle consiste à alléger le Belem, et à retirer tout ce qui pourrait gêner l'accès à sa coque. Voiles, cordages et éléments du gréement sont démontés, identifiés et soigneusement stockés. Les voiles font aussi l'objet d'un contrôle minutieux, tandis que les réparations sont réalisées par les marins lorsqu'elles peuvent l'être à bord. Les interventions plus importantes sont confiées à la Voilerie Burgaud, à Noirmoutier. Les vergues sont également déposées. Viendra ensuite une opération particulièrement spectaculaire : le démâtage du Belem, qui n'a plus été réalisé depuis plus de quarante ans. Pour préparer cette intervention délicate, l'équipage s'appuie notamment sur les documents techniques établis lors du précédent démâtage, en 1981.
Dans les entrailles du Belem
Une fois le navire suffisamment allégé, les équipes pourront accéder à ses structures et commencer le véritable travail de restauration. Le chantier est confié à Eiffage Énergie Systèmes, avec l'expertise du ministère de la Culture. Un diagnostic précis de l'état des structures sera établi avant d'engager les opérations de renforcement et de remplacement nécessaires. La coque en acier présente en effet une usure naturelle après 130 années de navigation, avec des pertes d'épaisseur ayant atteint des seuils critiques sur certaines zones. Le Belem sera ensuite placé en cale sèche en octobre. Le chantier prévoit notamment le retrait de la barre, de la timonerie et de la ligne d'arbre en novembre, puis la sortie des quelque 225 tonnes de lest, réparties dans environ 4 500 gueuses de fonte. Ce délestage permettra d'accéder plus largement à la structure du navire. Les interventions porteront notamment sur la poupe, mais aussi sur des éléments essentiels de l'ossature du navire, comme la carlingue centrale et les varangues. Le chantier doit se poursuivre jusqu'au printemps 2027, pour permettre au trois-mâts de reprendre la mer et de poursuivre ses navigations. Un chantier d'une telle ampleur représente un investissement considérable. La Fondation Belem, soutenue notamment par la Caisse d'Epargne et l'Etat au titre des Monuments historiques, fait donc appel à la générosité du public. La Fondation du patrimoine s'est associée à la Fondation Belem pour lancer un appel aux dons national. L'objectif annoncé pour la restauration historique de la coque est de réunir 500 000 euros.