Saint-Nazaire : l’étang du Bois Joalland en cours d’assèchement pour sécuriser la digue centenaire
Le maire David Samzun a annoncé ce mercredi 9 septembre l'abaissement immédiat, et déjà en cours, du niveau d'eau de l'étang du Bois Joalland, pour soulager la pression sur la digue qui présente des infiltrations.
Creusé par l'armée américaine en 1917 pour approvisionner en eau potable les quelque 200 000 soldats transitant par Saint-Nazaire durant la Première Guerre mondiale, l'étang du Bois Joalland s'étend aujourd'hui sur près de 44 hectares dans le quartier de l'Immaculée. Racheté par la Ville en 1920 au départ des troupes américaines, il est devenu au fil des décennies un poumon vert incontournable de Saint-Nazaire, où se côtoient pêcheurs, joggeurs, promeneurs et adeptes de voile ou d'aviron, sur un plan d'eau contenu par une digue d'origine, sur laquelle passe une route. C'est justement cette digue qui pose problème, et contraint aujourd'hui la Ville à vider pour la première fois le plan d'eau. Lors d'une conférence de presse exceptionnelle organisée ce mercredi 9 septembre, David Samzun a confirmé qu'un arrêté préfectoral de vidange de sécurité venait d'être pris par les services de l'État, et que l'opération d'abaissement du niveau d'eau était déjà engagée. Un chantier qui va profondément modifier le visage de l'étang dans les prochaines semaines, et dont les conséquences se feront ressentir pour plusieurs mois à venir.
Un diagnostic qui s'est brutalement aggravé en quelques jours
Tout est parti d'un suivi de routine. Comme l'a rappelé le maire ce mercredi, la Ville assure une surveillance rigoureuse de ses grands ouvrages, et c'est dans ce cadre que le bureau d'études ISL Ingénierie, agréé par l'État et mandaté pour le suivi de la digue, avait identifié dès le début de l'été la nécessité de travaux de consolidation, sur la base d'une première modélisation. Un chantier alors envisagé sur une durée d'environ un an, et pour lequel l'adjointe au sport Béatrice Priou avait déjà commencé à informer les clubs présents sur le site. Mais la situation a basculé la semaine dernière. « Lundi de cette semaine à midi, ce même bureau nous a informés qu'il nous faut abaisser sans aucun délai le niveau d'eau pour soulager la structure, et engager les travaux beaucoup plus rapidement que prévu », a expliqué David Samzun. En cause, des données de nouveaux capteurs installés en septembre 2025, dont l'analyse nécessitait un cycle complet d'une année pour être fiable au regard des saisons. Mais aussi une ligne d'eau réelle différente de celle utilisée dans les premières modélisations. Les résultats, transmis en septembre 2026, ont donc révélé une situation bien plus préoccupante que celle envisagée au mois de juin dernier.
Des mesures qui ne collaient plus à la réalité
Sur le plan technique, le problème se niche dans ce qu'on appelle les piézomètres, ces dispositifs qui mesurent le niveau et la pression de l'eau à l'intérieur même du corps de l'ouvrage. Le rapport intermédiaire du bureau d'études est sans détour. « La comparaison des niveaux piézométriques mesurés avec la ligne piézométrique issue de la modélisation met en évidence un niveau d'eau réel supérieur à celui retenu dans le modèle ». Autrement dit, la ligne d'eau à l'intérieur de la digue avait été sous-estimée par rapport aux conditions réellement observées sur le terrain, ce qui traduit des infiltrations d'eau plus importantes que prévu dans l'ouvrage. Un constat d'autant plus délicat que la digue, comme l'a reconnu le maire, date d'environ cent ans, et que son mode de construction reste aujourd'hui mal connu. Côté travaux, impossible donc à ce stade, de dire si une simple réhabilitation suffira, ou s'il faudra tout reconstruire. Ce qui est certain, c'est qu'il faut vider pour examiner l'ouvrage. Face à ce constat, la Ville a saisi les services de l'État, et notamment la DREAL, pour obtenir des préconisations opérationnelles. Laquelle a de son côté annoncé la prise immédiate de cet arrêté préfectoral de vidange de sécurité.
Un assèchement engagé au rythme de 50 centimètres par semaine
Dès lundi 7 septembre, David Samzun a donné l'instruction aux services municipaux d'engager sans attendre l'abaissement du niveau d'eau, qui est actuellement redirigée vers le Parc Paysager, selon le protocole habituellement appliqué en cas de forte pluviométrie. Concrètement, le niveau de l'étang baisse d'environ 50 centimètres par semaine, pour une opération estimée entre un et deux mois. Les Nazairiens vont donc voir le paysage se transformer sous leurs yeux : la profondeur du lac devrait chuter au point de faire apparaître le fond sableux sur une grande partie de sa surface, seule une cuvette centrale conservant un peu d'eau, mais très éloignée des berges. Une situation d'autant plus incertaine que rien ne garantit un retour rapide à la normale une fois les travaux terminés, puisque l'étang n'est alimenté que par les eaux de pluie. « Nous nous en remettons aussi à Dame Nature : aucun robinet n'alimente l'étang, et nous ignorons encore si, et quand, compte tenu de la pluviométrie, nous retrouverons son niveau habituel », a indiqué le maire, évoquant un remplissage qui pourrait prendre une à deux saisons complètes une fois les travaux terminés, selon la pluviométrie à venir.
Des activités nautiques suspendues et une vigilance renforcée sur le site
Premier impact direct de cet assèchement, l'arrêt total des activités nautiques sur le plan d'eau, qui prive du jour au lendemain les clubs de voile et d'aviron de leur terrain de jeu habituel. Les usagers, bénévoles et salariés de ces structures ont été informés de la situation dès l'annonce, et seront tenus au courant régulièrement de l'évolution du dossier. Des solutions sont en cours de recherche pour continuer la pratique en d'autres lieux. Mais ce sont aussi les écosystèmes locaux qui vont devoir être surveillés de près, avec une réflexion déjà engagée sur le devenir des poissons présents dans l'étang. Comment les sauver et où les transférer ? La sécurité des promeneurs et joggeurs qui empruntent quotidiennement le sentier autour du lac fait également partie des priorités affichées, notamment sur les zones proches de l'ouvrage de la digue, en bordure de route. L'impact éventuel sur la circulation routière ne pourra pas non plus être connu avant de savoir quels travaux devront être effectués. Sur le plan financier, aucun chiffrage n'est pour l'heure disponible pour sécuriser l'ouvrage, la Ville assurant vouloir avancer sur des procédures publiques allégées pour accélérer le phasage des travaux. « Notre priorité absolue est la sécurité des personnes et des biens », a insisté David Samzun, qui mise sur la mobilisation des services de l'État et des entreprises locales pour relever ce qu'il qualifie lui-même de « défi pour toutes et tous ».